SCÈNE I
La place publique de Burgos disposée pour des jeux. Des écbafau4s
sont préparés pour les dames.
ALYAR SANCHEZ, MENDO, des roseaux à la main, D0N4 SANCHA, DONA LAMBRA, sur les échaffuds,
ALVAR. — Je suis content de mon coup.
icEiïDû. -**- Personne n'avait touché le tablado\
4 . Il s*agit ici du behourdis, exercice chevaleresque qui consistait à
408 MUDAKRA LE BATARD.
ALYAR. — Le tablado en tremble encore.
HENDO. — Plus d'un cœur en a du dépit.
DONA LAMBRA. — Vit-on plus galant chevalier qu'Alvar Sanchez?
DONA SANGHA. — Il a bien tiré; mais j'en connais sept autres, de qui j'espère un coup meilleur.
DONA LAMBRA. — Tcs fils, mcs uevcux, sout vaillants, dona Sancha. Ils méritent leur renommée, et sont dignes des plus grands éloges.
MENDO, continuant. — La cité s'émerveille de la force de ton bras; tu excites l'envie des chevaliers, l'admiration des dames.
ALYAR. — Précieuse faveur.
MENDO. — Elles te comblent de louanges.
ALVAR. — Aux fêtes de son mariage avec dona Lambra, cousine du comte de Castille, Ruy Velasquez a fait paraître la générosité de son âme. Fètos, tournois, somptueux festins, plaisirs et réjouissances de toute espèce, ont duré sept semaines et plus, au milieu d'un grand concours de chevaliers du pays, et de chevaliers d'aventures. D'Estramadure et de Navarre, de Portugal et d'Aragon, est accourue à Burgos, dans cette mémorable circonstance, une foule d'élite. Tous se sont présentés au tablado; mais je me flatte, Mendo, d'avoir remporté le prix, en présence de ces fenêtres toutes garnies de dames.
MENDO. — Doiia Sancha est jalouse de voir qu'en ce jour de réjouissances, ta brillante renommée laisse sans gloire ses sept fils. Quelques-uns se sont consultés; ils voudront tirer, à leur tour, mais ils ne réussiront pas, dussent-ils réunir toutes leurs forces en un seul bras et en un seul cœur.
ALYAR. — Gonzalillo va au tablado. Son arrogance promet.
MENDO. — Il est le plus vaillant de tous, quoique le plus jeune.
ALYAR. — Il vise.
lancer à cheval des lances on des roseaux contre une cible fixée dans un assemblage de planches {tablado).
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MENDO. — Et la cité lui montre sa sympathie par mille applaudissements.
DONA SANCHA. — Coup remarquable!
DONA LAMBRA. — Il Serait encore meilleur, sans la jalousie de celui qui vient de tirer.
DONA SANCHA. — Gonzalo, ne fût-il pas mon fils et ton neveu, dona Lambra, tu ne devrais pas montrer ta colère et ce dépit. J'attendais plus de ta noblesse. C'est là ta manière de louer sa valeur?
DONA LAMBRA. — Nierais-tu que le coup d'Alvar Sanchez soit meilleur?
DONA SANCHA. — Peut-êtrc; mais demande l'avis de la cité.
DONA LAMBRA. — Tout le moudc aime Gonzalo; personne ne dira la vérité.
(Entre Gonzalo, suivi de Lope, son écuyer, avec des roseaux à la main.)
GONZALO. — Mon coup a sauvé l'honneur des Infants de Salas.
LOPE. — Tu as dérobé au vent ses ailes, à l'éclair sa rapidité. Dieu bénisse la vigueur de ton âme, et la force de ton bras : un seul roseau a suffi à te venger de tant de jalousie.
ALVAR. — Gonzalo, comme un enfant, vient faire parade de son succès, qui pourrait me vexer, si je n'avais les miens. La seule jalousie t'a fait tirer après moi. Rien ne t'obligeait à contester mon coup. Tu pouvais te dispenser d'ameuter le peuple, et d'essayer de me ravir l'honneur, en présence du comte. Mais pourquoi des reproches à qui n'est qu'un enfant téméraire?
GONZALO. — Alvar, tu en as menti.
ALVAR, avec un geste menaçant. — Comment, drôle...
GONZALO. — Oui, et je te réponds avec mon épée.
ALVAR, blessé. — Ah!...
GONZALO. — Qui a le meilleur de nous deux?
LOPE. — Voilà, vive Dieu! un coup lestement donné.
ALVAR. . — A moi, mes parents! je suis assassiné.
(11 sort.)
MENDO, à Gonzalo, — Tu as bien pu oser...
4tO MUDARRA LE BATARD.
LOPE. — Arrière, Mendot
MENDO. — Si le comte ne répare...
LOPE. — Pas de murmures entre les dents, Mendo; gare que l'adolescent contre qui tu grognes ne te fasse Tenfant de chœur du bénéficié qui vient de sortir.
MENDO. — Je vais me plaindre au comte.
LOPE. — Va; et ne t'amuse pas en chemin.
DONA LAMBRA. — Mais c'cst de la démence! Et personne pour me venger... Trahison! perfidie!
DONA SANCHA, à part. — Je m'éloigne, ne voulant pas lui fournir de prétexte par ma présence.
(EUe sort.)
DONA LAMBRA. — OÙ sout mcs parcuts? Comment, lâches, vous laissez ainsi verser mon sang?
(Entre Ruy Velasqaez.)
RUY. — Qu'y a-t-il?
DONA LAMBRA. — Ah! vaiUaut Rodrigue, mon sang sert de jouet aux fils de ma belle-sœur.
GONZALO. — Pas à tous; ne parlons que de moi.
Rut. — Qu'a-t-il fait?
DONA LAMBRA. — Il a blcssé Alvar Sanchez.
RUY. — Comment cela?
LOPE. — D'un caup d'épée.
RiTT. — Comment, Gonzalillo, tu as eu cette audace?
GONZAV). — Écoute : l'honneur fait appel à la colère, la colère au bras, le bras au poignard. Tout premier mouvement est excusable chez l'homme.
RUY. — Fort bien; mais pour vous rendre plus sage, pour que votre exemple serve à d'autres de leçon, ce bâton, beau neveu, va châtier votre folie.
(Il le frappe.)
GONZALO. — Ah! VOUS m'avez tué, seigneur oncle, vous m'avez tué sans justice; mais je prie mes frères de ne pas vous demander réparation de ma mort.
RUY. — Voilà comment je châtie les jeunes insensés, infatués d'eux-mêmes.
GONZALO. — Si vous n'éticz mon oncle, le frère de ma mère...
LOPE. — Modère-toi.
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GONZALO. — Ne recommencez pas, mon oncle; vous connaissez mon courage, je ne pourrai le souffrir t RUT, le frappant de nouveau. — Mal appris! GONZALO. — C'en est trop. Tenez!...
(II lui donne un coup de poing.)
LOPE. — Dieu me pardonne, il Ta frappé du poing!
GONZALO. — Nous savous tous nous en servir.
RUT. — Je suis mort 1 aux armes, mes amis ! aux armes, mes VÉ^ssaux, mes parents I
GONZALO. — Dùt-il en tirer vengeance, je prends le ciel à témoin que j'avais un juste motif.
(Entrent Albendari et Ësteba&ez.)
ESTEBANBE. — Qu'cst-il arrivé, Ruy Velasquez? RUY. — Voyez dans quel état m'a mis cet infâme polisson.
(Entrent Fernand Bustos et Diego Gonzalez.)
ESTBBANEZ. — Vit-ou jamais pareille démence?
FERNAND. — Gouzalo, mon frère, qu'y a-t-il?
GONZALO, sanglant, — Voilà comment me traite le tyran Ruy {Velasquez, notre oncle!
DIEGO. — Comment! mon oncle, c'est ainsi que vous vous comportez avec les hommes de votre sang?
RUT. — Et ce sang qui baigne mon visage, beaux neveux, qu'en dites-vous?
LOPE. : — Il a frappé le premier, et sans motif.
RUT. — J'avais un motif suffisant, puisqu'il avait blessé Alvar Sanchez, mon parent, et chevalier renommé,
ALVAR. — C'est à l'épée à décider la question.
DIEGO. — L'événement fera connaître la vérité.
(An moment où ils s'apprêtent à en venir aux mains, entrent lo coipte Garoi Femandez et Qonzalo Bustos.)