SCENE III
NUNO SALÏDO, LOPE.
NUNO SAUDO. — Lope, un mot, je te prie. Qu'y a-t-il donc? J'étais occupé à chasser le corbeau, et je n'ai pas pris le temps de rappeler mon faucon, pour arriver plus vite,
LOPE. — Tu peux te vanter, Nuno Salido, d'être le meilleur gouverneur qu'aient jamais eu princes ni rois. J'ose te comparer à Xénophon et à Aristote, puisque tu as su faire de tels hommes des sept Infants de Lara.
NUNO. — Quel malheur d'être allé chasser aujourd'hui dans la montagne !
LOPE. — Ruy Velasquez avait convié les chevaliers au behourdis, et ceux-ci rivalisaient de soins et d'adresse en tirant au tablado. L'air retentissait au bruit des applaudissements, pareils à celui que fait entendre une troupe de grives, quand elles partent ensemble à l'instant où la corde se détache de l'arc. Alvar Sanchez venait de frapper le but, et semblait plus fier que César dans la barque d'Amyntas ' . Il fut loué de doiîa Lambra en présence de dona Sancha, mère de Gonzalo, qui lui lance aussitôt un regard courroucé. Rapide comme le vent, le jeune homme part, et, saisissant un roseau, il le lance à son tour. Le coup parut si beau, que don Alvar vexé lui adressa je ne sais quelle insolente parole. Le bouillant Gonzalo lui répond du revers de son épée, et aux cris de la tante, Rodrigue, son époux, accourt furieux, et le frappe d'un coup de bâton. Il redouble, mais d'un coup de poing, Gonzalo fait de son visage une fontaine de sang. La querelle est apaisée, et maintenant tous vont à Barbadillo, accompagnant la nouvelle mariée.
NUNO. — J'admire le grand cœur de l'enfant ; mais je
4. Allusion au mot si coona: « Que crains-tu? tu portes C4sar et sa fortune. » Voy. la PharsaU de Lucain, livre V, v. 580.
redoute Torgueil de cette femme, si elle le tient une fois dans son château t
LOPE. — Remarquez que la puissante intervention de Garci Fernandez, comte de Castille, a opéré cette paix; la parole donnée sera tenue. Le long des bords verdoyants de TArlanza ^ les sept ïnfants dont vous êtes gouverneur vont chassant non loin des murs de la cité. Tout leur sourit ; le soleil tempère l'ardeur de ses rayons, Tair leur donne ses parfums, ia rivière sa fraîcheur, les bois leur ombre, et pour eux Mai se couronne de guirlandes.
MUNO. — £h bien f stiivons-les tous : confiant en Dieu et en la parole du comte, j'espère que doSa Lambra oubliera ses griefs et modérera son courroux.
(Us sortent.)