‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 225 sur 226 · DONA CLARA · texte numérisé non relu

DONA CLARA

LE COMTE. — Je ne pouvais avoir de repos, Bustos, que je ne vous eusse vu. Avoir recouvré la vue? Esl-ce possible?

BUSTOS. — Je me suis rendu, grand seigneur, à votre invitation.

LE COMTE. — Et c'est bien volonticrs que je vicus audevant de vous.

BusTOs. — J'ai voulu vous présenter dona Clara, ma petite-fille; le ciel s'est montré assez clément envers inoi pour me donner un rejeton de mon sang, qui continuera ma maison et héritera de ma fortune.

LE COMTE. — C'est la fille du plus jeune de ceux de Lara?

BusTOS. — De Gonzalo, mon fils.

DONA CLARA, ùu comte. — Je me mets humblement à vos pieds.

LE COMTE. — Levez-vous, Clara, et puisse le ciel vous accorder de longs jours!

BUSTOS. — Sa mère a demandé des consolations à la religion; c'est une raison pour que Clara recherche votre appui; je demande qu'à partir de ce jour, elle fasse partie de la maison de la comtesse, notre souveraine.

LE COMTE. — Je ne demande pas mieux que de la protéger, et je vous promets de lui servir de père, comme je suis son souverain.

(Entrent précipitamment Ortuûo et lùigo.)

INIGO. — Oh est le comte?

LE COMTE. — Inigo, pourquoi tout ce bruit?

INIGO. — Pour vous faire comprendre ma douleur.

LE COMTE. — Que veux-tu dire?

iNiGO. — Je dis que l'homme qui est venu à Ion service.

Bustos, SOUS couleur de te rendre honneur, a amené do Cordoue...

LE COMTE. — Qui donc?

INIGO. — Un More, un certain Mudarra, que Ton dit être son fils . Il vient d'ôter la vie à Ruy Velasquez, dans la campagne; et il crie qu'il brûlera vive dona Lambra*

LE COMTE. — Expliquez-vous, Bustos.

BUSTOS. — Je serai court. Mais, préparez-vous à verser des larmes à mon récit. Je le confesse, j'ai eu dans ma prison, celui qu'on appelle Mudarra, d'une sœur d'Almanzor. Il est venu venger son sang; et, comme vous voyez, c'est une justice du ciel, ce n'est pas un crime; si j'ai eu tort, si je fus coupable, je vous livre ma vie; mourir est maintenant ma seule ambition. Si vous condamnez la vengeance, approuvez du moins la justice.

LE COMTE. — Pourquoi m'avoir caché sa venue?

BUSTOS. — Je voulais attendre qu'il fût chrétien.

(Entre Mudarra portant la tête de Ruy Velasquez, suivi de Lope et de Zaïde.)

MUDARRA. — Que uul ne mette obstacle à ma vengeance.

INIGO. — C'est lui.

LE COMTE. — Que de col^re et de fierté!

MUDARRA. — Comte fameux, puisse le ciel prolonger votre vie et étendre les limites de vos États jusqu'aux climats les plus éloignés. Je m'appelle Mudarra. Je ne suis pas un de vos vassaux. Neveu d'Almanzor, je conçus le dessein de trancher la tête de ce tyran. Si j'ai failli, je mérite de voir excuser mon erreur aux pieds de votre noblesse. Je résolus de venir en personne, aussitôt que je fus informé de la vilenie de Ruy Velasquez, et de mon origine noble et chrétienne. Cette dernière qualité me rend ma naissance doublement précieuse. Si vous excusez ma vengeance, noble Castillan, je vous ferai trois dons : le premier est un soldat dont la lance fera la terreur du More d'Afrique; le second, c'est un prince chrétien de plus dans votre Église; le troisième, la paix avec le roi, mon oncle, et son amitié, en considération de ma personne. En échange de mes dons, je vous demande trois choses : la première

est mon pardon; la seconde, la main de dona Clara; la troisième, vos bras.

LE COMTE. — Mudarra, ta vengeance miraculeuse sera mieux récompensée encore par la renommée. Toutefois, j'accepte ta proposition. Je te pardonne; voici ton épouse, viens dans mes bras.

LOPE. — Vive la joie! vive la danse I Je ne suis plus More, je suis Lope de Vivar, l'Asturien.

LE COMTE. — Je te fais présent d'un caparaçon d'or et d'argent.

BUSTOS. — Et moi, d'un beau cheval de Cordoue.

MUDARRA. — Donnez-moi le baptôme. J'adore le Christ.

LE COMTE. — Je serai ton parrain.

MUDARRA. — 'Je me considère déjîi comme chrétien. *; BusTOs. — Ainsi finit l'admirable histoire de mudarra

Page 1