‹ Œuvres dramatiques de Lope de Vega;Chapitre 26 sur 226 · INTRODUCTION. XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXI

funèbre. Sancha semble résignée; la tranquillité qu'elle fait paraître ressemble à de la folie. En marche, au milieu de ses compagnes, elle se dépouille d'une partie de ses vêtements, et s'avance effrontément, les bras et la g'orge nus; tout le monde la plaint; on la croit folle. Nuno détourne les yeux et n'ose, pendant toute la route, les ramener sur elle. Sancha, si timide, d'une pudeur si inquiète, marchant demi-nue et sans baisser les yeux au milieu des soldats! Lorsqu'on fut arrivé prt\s de la station où attendaient les Mores, Sancha reprit sa pudeur de jeune fille. Elle se couvrit avec soin, baissa timidement les yeux, et déroba son visage aux regards des soldats étrangers. Osorio, étonné de sa conduite, lui en demande la cause, et Sancha lui répond avec dédain : « Pourquoi aurais-je craint de me montrer demi-nue au milieu de vous, puisque vous êtes des femmes? Une fille a-t-elle besoin de voiles et de craintive pudeur, quand elle est au milieu de personnes timides et faibles comme elle, tandis que les Mores, les cavaliers qui là-bas nous attendent, sont des hommes devant lesquels une vierge doit craindre et se couvrir? Si vous, vous étiez aussi des hommes, abandonneriez- vous ainsi vos sœurs, vos femmes, à la merci de l'étranger? » — Cette pittoresque harangue produit sur Osurio l'effet attendu ; il promet de racheter par son sang, par un combat à outrance, l'infâme tribut auquel la raison d'État a consenti. Les Asturiennes prennent part elles-mêmes au combat, et elles rentrent victorieuses dans la ville de Léon. Le roi montre quelque velléité de punir par la mort d'Osorio cet acte de rébellion, mais à la fin il pardonne.

Des femmes sont aussi les héroïnes de la seconde comédie. Le traité qui les livre aux Mores demande des jeunes filles saines et entières de corps. Au moment où on va les livrer, elles se réfugient sur une tour : il faudra employer la force pour les arracher de cet asile. Les Mores approchent pour les enlever, lorsque l'une d'elles dit à leur chef : « Ce sont des femmes saines et entières que vous demandez en tribut, maintenant nous ne valons plus rien pour vous. » Et toutes en même temps élèvent au haut de la tour leur bras gauche mutilé. Les héroïnes de Simancas se sont coupé la main plutôt que de consentir à être livrées, et elles ajoutent : « Nous sommes privées d'une main, mais, si vous exigez toujours nos personnes, il nous reste encore une main pour nous donner la mort. »

Les Arabes, vaincus par l'admiration, leur rendent la liberté,

Page 1