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L'ÉTOILE DE SÉVIILE
Le sujet de cette pièce est tiré de l'histoire de Sanche le Brave, att moment où ce prince, fils cadet d'Alphonse le Sage, tentait d'usurper ietrène de CastiUe, au détriment d'Alphonse de la Gerda, fils de son frère aine. On peut admettre que les Gortès de Ségovie, réunies en 1276, avaient déjà reconnu Sanche comme héritier présomptif de la couronne, et qu'après avoir repoussé le roi de Maroc ¥aeoub-Abu- Yousouf, le jeune prince parcourait le midi de l'Espagne pour y Jkiire reeonnattre son autorité.
Bon Sanche t que la violence de son caractère fit surnommer El Bravo^ vient de faire sod entrée dans la capitale de l'Andalousie. Il est encore MUS l'impression qu'il a reçue de la beauté d'une personne qu'il a remarquée en passant souS son balcon. Cette jeune fllie, sœur de Busto Tabera, l'un des régidors de Séville, s'appelle dona Estrella, et sa beauté l'a fait surnommer VÉtoile de Séville. De là dans toute la pièce des jeux de mots qui déparent quelquefois les plus belles situations. Emporté par sa passion, le roi veut voir Estelle cette nuit même. Une esclave mor^ssque est corrompue par don Arias, son confident; mais, au moment oà le roi est introduit jusqu'à la porte de l'appartement d^Estelle, sur- Tieflt Busto Tabera. Don Sanche est forcé de se faire connaître. Profondément humilié de la leçon indirecte que lui inflige Tabera, il décide sa mort. L'exécution en est confiée à un vaillant soldat, Sancho Ortii de las Roelas^ surnommé le GiéK^, l'Andalousie. Sancho Ortix était le fiancé d'Estelle. En décachetant l'ordre signé du roi, il apprend que l'homme qu'il s'est engagé à tuer, comme criminel de lèse-majesté, est le frère de sa fiancée. Placé, comme le Cid, entre son honneur et ^Q amour, il cix>it devoir demeurer fidèle au premier. 11 est arrêté et
mis en prison par ordre des alcades mayors de Séville. Il périrail, si le roi| vaincu par la magnanimité de don Sanche, qui s'obstine à garder le secret qu'il a juré, ne finissait par déclarer que c'est lui-même qui est l'auteur de la mort de Busto Tabera. Dona Estrella, pressée de pardonner à don Sanche, déclare que, malgré son amour, elle ne saurait appartenir à l'homme qui a tué son frère. Don Sanche lui rend sa parole, et les deux amants se séparent, en laissant les assistants dans l'admiration pour tant d'amour uni à tant de constance dans l'accomplissement du devoir.
Lope, si excellent dans l'art de créer des situations dramatiques, n*a semé nulle part plus d'intérêt que dans le drame qu'on va lire. La situation principale, on le voit, est la môme que dans le Cid. Mais doîia Estrella, aussi tendre que Ghimène, montre encore plus d'élévation du caractère , allant ainsi au-devant de l'accusation « d'indécence )) exprimée d'ailleurs avec peu de justice par Scudéri. La dernière scène est d'une grandeur sublime. Elle doit être rapprochée des adieux 'du duc de Nemours et de la princesse de Glèves, dans le beau roman de ce nom.
L'art de Lope déconcerte les règles, brise les formules convenues du genre dramatique. Cet art ne s'arrête pus h peindre des caractères dans une situation donnée. Il va plus loin. Il peint les sentiments les plus intimes d'un peuple, d'une race. Il descend moins dans les profondeurs de l'individu que de la société. Il est aussi épique que dramatique. Dans le drame ainsi conçu, chaque personnage est un symbole. C'est un admirable commentaire de l'histoire.
Profondément identifiée avec la chevalerie, l'Espagne du seizième siècle, formée du mélange des Arabes et des Goths uni au sang des vieux Geltibères, a non - seulement le culte, mais le fanatisme de ( l'honneur. Avec quelle force est retracé l'empire de ce sentiment national dans les personnages de Sanche Ortiz et de Busto Tabera! V D'un autre côté, comme on voit éclater dans V Étoile de Séville l'idée nouvelle et terrible que les princes de la maison d'Autriche, secondés par l'Inquisition, étaient parvenus à inculquer à lem's sujets! Lé roi est le représentant de Dieu sur la terre ; sa volonté est l'unique loi, et cette volonté ne peut faillir : Sacra catholica real majestad! Tel est le titre encore donné par Quevedo à Philippe IV. G'est la religion de la monarchie, combinée avec un reste de tradition féodale; c'est ce loyalisme, si profondément gravé au cœur de l'Espagne, qui subsiste et soutient encore la société, malgré tant d'amères déceptions.
II y eut un contre-poids tanl que durèrent les grandes institutions municipales de TEspagne. Lope nous fait voir dans les personnages des deux premiers alcades de Séville, don Pedro de Guzman, don Farfan de Ribera , quels lieaux caractères se développaient à la faveur de la liberté de ces institutions.
Il est permis de conclure, diaprés certains passages de la pièce, et d'après le nom historique de quelques personnages, comme Pedro de Caus, Talcaïde du château de Triana, que le drame de V Étoile de Sévilte repose sur quelque tradition vraie. La maison des Tabera subsiste encore h côté de la légende populaire, avec le nom des anciens maîtres écrit en lettres de fer dans la grille qui ferme l'entrée du patio ^ et le touriste peut voir, Caile de la Inquisicion vieja^ la porte du jardin, porte étroite et basse, par où l'esclave maure introduisit Tamou* reux don Sanche , et avec don Sunche le malheur dans cette noble maison.
L'ÊtOILE