SCÈNE III
DON GONZALO D'ULLOA en habit de deuil, LE ROI.
bON GONZALO. — Je baise les pieds de Votre Altesse. LE ROI. — Levez-vous, je vous prie. Quoi I si triste en ce jour d'allégresse.
DON GONZALO. — Mou pèrc n'cst plus.
4* Membre du corps de TÎUei ou municipalité.
JOURNEE I, 8CENB III: 11
LE Boi. ^ J'ai perdu un vaillant soldat.
DON GONZALO. — Et VOS frontières n'ont plus qui les défende.
LE ROI. — En effet, il n'y a plus là un cœur héroïque. Mon âme attendrie vous écoute.
DON GONZALO. — Sirc, grande est la perte qu'a faite la frontière d' Archidona * ; et puisque la valeur de mon père n'eut point d'égale, Faites que moi, l'héritier de ses vertus, je ne sois pas dépouillé de son office devenu vacant.
LK ROI. — Je vois la preuve que vous n'avez pas dégénéré. Pleurez la mort d'un si digne père, et, le temps qui appartient au deuil et à la douleur, veuillez le passer à ma cour.
DON eolizALO. — Fernand Perez de Médina apporte les mêmes prétentionsi et il compte devoir à ses services lé bâton de commandement. Il est vrai qu'il a été dix ans premier lieutenant^ et plus d'une fois son épée a teint de robis les couleurs nacrées de Grenade. Aussi espère-t-il l'emporter sur moi.
LE ROI. — J'y songerai. Il convient de se consulter avant de prendre un parti là-dessus.
(Entre Fernand Perez de Médina;) [
FERNAND PEREZ. — Je crains, grand roi, d'arriver trop tard aux pieds de Votre Majesté; Je demande à les baiser, et ensuite...
LE koi. — Fernand Perez, vous pouvez en tout repos me baiser les pieds. La charge est encore en tnes mains, et de telles fonctions ne s'accordent pas sans entendre^ d'abord votre personne, et ensuite les dignitaires de mon royaume; par leurs conseils seront choisis les ministres de mes ordres à Archidona. Allez vous reposer.
DON 60HZAL0. — Scigncur, je laisse en vos mains ce mémoire.
FERNAND PEREZ. — El moi, seigucur, celui-ci^ c'est le miroir de cristal de ma valeur^ où se reproduira ma face, nette, parfaite et loyale.
4. Ville d'Andalousie, sar la frontière du royaume de Grenade. Elle commandait Feutrée dé la vallée du GundalquiTir, protégeant Séville et Cordoue.
DON GONZALO. — Mon mémoire est aussi le miroir qui fera paraître la bonté de ma cause.
(Sortent don Gonzalo et Fernand.)