‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 1 sur 357 · SUR LA VIE ET LES OUVRAGES · texte numérisé non relu

SUR LA VIE ET LES OUVRAGES

La célébrité, qui s'attache aux productions des hommes de lettres les plus distingués , né suffit pas toujours pour déchirer le voile qui couvre leur vie privée, et particulièrement les détails de leur jeunesse. Le talent , pour éclore et se développer, a besoin de calme, de méditation et de solitude. La littérature est d'ailleurs parmi nous un état distinct et séparé , et ceux qui la cultivent avec le plus de succès, se partagent rarement entre les soins de l'ambition et les charmes de l'étude. Toutefois, on a vu quelques écrivains aussi bien placés à la tête d une négociation , que dans le fond de leur cabinet, et non moins heureux dans leurs travaux politiques, que dans leur commerce avec les muses; de ce nombre, on peut citer Philippe-Nèricault Destouches : mais la mission diplomatique qui jeta quelque éclat sur l'existence privée de cet auteur, n'a point suffi pour dissiper entièrement l'obscurité répandue sur ses premières années. Tout ce que l'on sait de positif, c'est qu'il naquit à Tours, le aa avril 1680, d'une famille 1. a

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honnête et considérée, et qu'il vint achever à Paris, au collège des Quatre-Nations , les études qu'il avoit commencées dans sa province.

Quelques succès brillants obtenus dans ses classes, firent éclore son goût pour la poésie, et son premier essai fut, dit-on, une tragédie dont il n'est rien resté. Il avoit à peine vingt ans, qu'une erreur de jeunesse le força de quitter la capitale, et de mener pendant quelque temps une vie errante et dissipée. Ilparoît même certain qu'il s'engagea comme volontaire, et qu'il se trouva en cette qualité à différentes affaires, entre autres au siège de Landau , où l'explosion d'une mine le mit en danger de perdre la vie ; il reçut ensuite une légère blessure à la bataille de Friedlinghen donnée en 170a , et son régiment ayant pris ses quartiers d'hiver dans une petite ville voisine de la Suisse, Des touches eut le bonheur d'être présenté au marquis de Puisieulx, alors ambassadeur de France près des Treize-Cantons. Il goûta la conversation du jeune poète, sut discerner son mérite, et finit par se l'attacher en qualité de secrétaire. La plupart de ces détails sont tirés d'une lettre que Destouches le fils se crut obligé d'écrire à d'Alembert, pour détruire quelques faits insérés par cet académicien dans l'éloge de Tau* teur du Glorieux.

Parmi plusieurs autres assertions au moins aventurées, d'Àlembert avoit avancé que Des-

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touches, persécuté par ses parents, qui vouloient en faire un homme de robe, en dépit de son goût pour la poésie, avoit secoué leur joug, et s'étoit jeté, pour éviter la misère, dans une troupe d'acteurs de province. Il avoit encore ajouté que Destouches , ayant long-temps traîné de ville en ville sa douleur et son infortune, etoit enfin directeur de comédie à Soleure, lorsqu'un jour il prononça devant M. de Pùisieulz une harangue pleine d esprit et de finesse, dont ce ministre éclairé sentit si vivement le mérite, qu'il tira l'orateur de la mitérable scène sur laquelle il végétoit, pour le placer sur un théâtre plus digne de ses talents. Destouches , dans la fougue de l'âge, livré à lui-même, sans ressources et sans appui , auroit pu faire excuser une semblable étourderie d'autant plus facilement, que depuis cette époque une conduite irréprochable et la noblesse de ses sentiments ne permirent pas de soupçonner la pureté de ses mœurs; on peut ajouter encore qu'un auteur dramatique n'auroit point à rougir d'avoir suivi fidèlement Molière dans une carrière que ce grand homme illustra presque autant par ses vertus que par Ses talents; mais lorsque de pareils rapprochements ne sont pas avérés, ils sont au moins iputiles, et il suffit de dire 7 pour la défense de Destouches, que le petit roman de d'Alembert est totalement dénué de preuves. Ce qui paroît beaucoup plus certain , c'est

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que ce fut à sa comédie du Curieux impertinent f que Destouches dut la protection de M. de Puisieulx. Cervantes fournit au jeune poète l'idée de ce premier ouvrage, qui fut représenté avec un grand succès sur le théâtre de l'ambassadeur. Lorsque dans la suite, en 1 710, on donna cette pièce aux François, le public l'accueillit avec la même faveur. Les reprises furent moins heureuses, et ce coup d'essai par lequel Destouches a voit si brillamment débuté, finit par disparaître du théâtre; mais le succès des premières représentations avoit enflammé le génie du jeune auteur, qui bientôt devoit justifier les espérances qu'il avoit fait concevoir. Ce fut aussi pendant son séjour en Suisse qu'il versifia plusieurs sujets édifiants; et l'on peut encore tirer d'un pareil choix une induction favorable aux mœurs du poète. Il eut même le courage d'adresser ces foibles essais au sévère Boileau , en lui demandant des conseils auxquels le régent du Parnasse , alors au terme de sa carrière , mêla des éloges et des encouragements.

Quelque temps après et dans la même année , en 1 7 1 2 , V Ingrat et Y Irrésolu, comédies en cinq aptes, parurent, et l'on put y reconnoître déjà les progrès d'un véritable talent. Une intrigue bien conduite, une versification élégante et facile, de jolis détails, l'art même avec lequel étoient tracés différents caractères, annonçoient ce dout le jeune auteur étoit capable, et ce qu'il

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pourrait faire lorsque le hasard ou la réflexion lui présenteroient des sujets plus favorables. En mettant le caractère de X Ingrat sur la scène, Destouches ne sentit pas assez que le vice qu'il alloit combattre étoit trop odieux pour l'expo* ser dans toute sa nudité. II ne suffit pas au théâtre de démasquer les méchants, il faut encore les couvrir de ridicule. L'homme qui se fait un jeu des sentiments les plus sacrés, qui foule ouvertement aux pieds la reconnoissance et fait trophée de sa bassesse, n'inspire que de l'aversion ; et quel que soit d'ailleurs le mérite de l'ouvrage, on n'oublie pas que, sur la scène, le vice doit toujours être corrigé en riant. Destouches pouvoit sans doute concevoir autrement son Ingrat. S'il avoit enveloppé ce caractère trop odieux d'un voile d'hypocrisie , il l'auroit rendu plus ridicule que haïssable; mais peut-être craignit-il de suivre de trop près les traces de Molière. Le Tartufe , en effet , n'est pas moins ingrat qu'hypocrite; et le masque sous lequel il cache sa dépravation, donne au rôle une physionomie plaisante, et tempère l'indignation que l'ingratitude seule ne manquèrent pas d'exciter. Destouches a bien senti que ces deux vices ne pouvoient marcher l'un sans l'autre. Aussi a-t-il fait dire à son ingrat :

Puisqu'on hait les ingrats,

Je ne puis être ingrat et ne m'en cacher pas. Un ingrat doit saroir l'art de se contrefaire.

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Néanmoins il a eu tort de ne pas prendre l'hypocrisie par son côté plaisant; et cet auteur, qui réfléchissent si bien sur les ressources de son art, ne refusa sans doute d'en profiter en cette occasion, que pour éviter le reproche d une imitation trop visible. Peut-être encore est-ce pour s'écarter davantage de la route tracée par Molière , qu'il adonné un confident à son principal personnage; mais cette idée n'est pas heureuse, et l'ingrat, qui sent si bien la bassesse de son caractère, devroit se contrefaire devant son valet, avec le même soin qu'il le fait en présence de son rival et de sa maîtresse.

L' Irrésolu n'obligea pas Des touches à soutenir une concurrence aussi redoutable. Ce caractère étoit encore neuf sur la scène, mais il ne présentoit pas assez d'étoffe pour une comédie en cinq actes. Collin d'Harleville a remanié depuis le même sujet sous le titre de Y Inconstant y et son talent facile n'a pu déguiser entièrement la foiblesse de ce caractère , qui présente beaucoup de rapports avec celui de Y Irrésolu, quoiqu'il soit peut-être d'un choix plus malheureux encore. Malgré de jolis détails, des vers heureux, des situations plaisantes, Y Irrésolu eut peu de succès. 11 auroit sans doute été beaucoup mieux reçu, si Fauteur avoit songé à réduire sa pièce en trois, ou même eu un acte. Comme aujourd'hui elle paroît rarement sur la scène, je citerai seulement, à l'exemple de

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tous ceux qui ont parlé de Destouches, le vers heureux qui termine cette comédie, et le seul que l'on n'ait pas oublié. L'Irrésolu, après s'être enfin déterminé en faveur de l'une des deux femmes entre lesquelles il a balancé pendant le cours de la pièce , s'écrie :

Taurois mieux fait, je crois, d'épouser Célimène.

« C'est un de ces traits qu'on aime à citer, dit ce d'Âlembert , un de ces traits qui seuls valent « tout un rôle, et qui, tout naturels qu'ils paie roissent, sont bien plus rares dans nos corné- « dies modernes, que des scènes entières de j arec gon sans talent et de persiflage sans gaîté. »

En 1819, M. O. Leroy, dont plusieurs ouvrages dramatiques, représentés précédemment, avoient annoncé un talent puisé dans les principes de la bonne école, fit jouer au Théâtre François une nouvelle comédie de X Irrésolu, en un acte et en vers. Cette fois la vivacité de l'action , un style élégant et facile , l'agrément et le comique des détails, l'emportèrent sur les défauts reprochés à ce sujet, et méritèrent à l'auteur un succès d'autant plus honorable, qu'il se trouvoit rivaliser avec lun des maîtres de la scène françoise.

Si Destouches n'avoit encore produit aucun ouvrage d'un ordre supérieur, on voit qu'il étoit au moins dans la bonne route, et que sans s'effrayer de l'abondante moisson que

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ses prédécesseurs avoient déjà recueillie dans la même carrière , il cherchent à marcher sur leurs traces, et dédaignoit la comédie purement d'intrigue pour l'art plus difficile de tracer des caractères. Fidèle à ce système, il donna, en 1715, le Médisant 9 qui sans doute auroit été conservé au théâtre, si la supériorité dune autre comédie (le Méchant), dont le fond est à peu près semblable, ne l'en avoit depuis fait disparaître. Destouches qui, même dans ses premiers ouvrages, s'attacha constamment à briller par le mérite du style et par de sages combinaisons, ne méditoit pas toujours assez ses caractères, et ne fit qu'effleurer plusieurs fois ceux dans lesquels un peu plus de réflexion lui auroit fait apercevoir d'heureux développements. La médisance ne présente qu'une partie d'un caractère que Gresset remania avec plus d'art dans la suite , et le besoin de médire est une des nuances les plus prononcées du rôle du Méchant, dont quelques situations et même des scènes entières rappellent évidemment l'ouvrage de Destouches.

Après le Médisant, notre poète donna succèssivement le Triple Mariage, en 17 16, et l'Obstacle imprévu y en 1717* On prétend qu'une aventure arrivée au marquis de Saint- Aulaire , lui fournit le sujet de la première de ces deux pièces. Cet aimable poète, déjà veuf et père, s'étoit, dit-on, remarié à l'insu de sa famille,

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et lorsqu'il jugea à propos de découvrir son mariage, ses enfants le payèrent de la même confidence, et lui annoncèrent à leur tour qu'ils n'avoient pas attendu son avis pour faire un choix. C'est sur cette petite anecdote que Des touches a fondé le plan d'une comédie qu'on a vue long-temps au théâtre avec plaisir. U Obstacle imprévu, écrit également en prose, mais en cinq actes, n'eut pas un destin aussi heureux. Le fond de cette pièce est trop romanesque , et l'intrigue ne se débrouille que difficilement; cependant elle fut reçue avec indulgence dans sa nouveauté.

Destouches marchoit ainsi d'un pas assez ferme dans la carrière du théâtre, car la plupart de ses ouvrages avoient obtenu des applaudissements, et aucun n'avoit essuyé de disgrâce complète, lorsqu'il se vit arraché tout à coupa ses travaux dramatiques et transporté sur une scène plus vaste , où l'attendoient des intrigues d un plus grand intérêt et des succès d'un autre genre. La reconnoissance , qui fut toujours une des vertus favorites de Destouches , l'attachoit tendrement à M. de Puisieulx; et ce généreux protecteur, qui ne s'étoit pas contenté d'encourager les premiers efforts littéraires de l'auteur du Curieux impertinent, l'avoit encore initié dans les mystères de la diplomatie; il le recommanda même au Régent, et cette protection valut au poète d'être envoyé en 171 7 pour

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assister l'abbé Dubois , depuis cardinal et ministre, mais alors résident de France en Angleterre. Après le retour de Dubois à Paris , Destouches resta seul chargé des affaires, et par la manière dont il remplit ce poste délicat, il sut acquérir la bienveillance du Régent, les bonnes grâces du roi Georges ier, et la protection du ministre ambitieux auquel il succédoit

Un trait raconté par Duclos, qui le tenoit de Destouches lui-même, prouve aussi que dans sa nouvelle position, Fauteur dramatique n'avoit perdu ni l'habitude d'étudier les hommes, ni le talent de les juger. La mort du cardinal de La Trémouille venoit de laisser vacant l'archevêché de Cambrai. L'indigne favori du régent eut l'audace d'y prétendre; et, pour appuyer ses sollicitations, il écrivit à Destouches d'obtenir du roi d'Angleterre que ce monarque demandât lui-même au duc d'Orléans cette éminente dignité pour un vil intrigant à peine tonsuré et souillé de tous les vices. La proposition étoit bizarre; aussi le roi, qui traitoit Destouches avec bonté, lui répondit-il avec un éclat de rire: « Comment veux-tu qu'un prince protestant se « mêle de faire un archevêque en France ? Le «Régent en rira lui-même, et n'en fera rien. « — Pardonnez-rAoi , sire, répliqua Destouches; « il en rira, mais il le fera; premièrement par «respect pour votre majesté; en second lieu, « parce qu'il trouvera la chose plaisante. » L'évé-

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nement fit voir que Destouches avoit raison ; le roi consentit à ce qu'on lui demandoit, et Dubois fut fait archevêque. Que le Régent ait cédé à la sollicitation du monarque , ou au désir de faire une chose plaisante , c'est ce qu'il importe peu de décider; mais on ne peut s'empêcher de remarquer la funeste insouciance d'un gouvernement qui s'affoiblissoit lui-même sans daigner s'en apercevoir, en versant le ridicule, par un choix si odieux, sur les institutions les plus respectables. La réponse de Destouches prouve à quel point il sentoit l'indécence d'une pareille démarche , même lorsqu'il étoit forcé de l'appuyer.

Cependant les intérêts politiques n'absorboient pas tellement le négociateur, qu'il ne restât quelque loisir au poète. Ce n'est pas que Destouches ait composé un seul ouvrage dramatique dans son séjour à Londres ; mais pendant près de six ans qu'il passa dans cette ville, il étendit le cercle de ses connoissances en se familiarisant avec la littérature angloise , et sut tourner au profit de son talent le premier devoir de sa place, l'art d'étudier les hommes et de démêler leurs véritables sentiments sous le masque dont ils les recouvre ut. Le diplomate et le poète comique doivent saisir avec une égale adresse les passions et les ridicules, l'un pour les déjouer ou les faire servir à ses intérêts, l'autre pour les peindre. 11 est donc vraisem-

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blable que l'esprit observateur dont Destouches avoit déjà donné des preuves dans ses productions, lui fut d'un grand secours dans sa mission , et que les relations qu'il eut alors avec la société , lui présentèrent de nouveaux tableaux qu'il retraça dans la suite avec d'autant plus de vérité, qu'il les avoit observés avec une plus grande attention , et qu'il les avoit vus de plus près.

Le spectacle continuel des intrigues , plus fréquentes à la cour que partout ailleurs, la connoissance approfondie des hommes, de leurs travers et de leurs vices, en inspirant du mépris pour l'espèce humaine, altèrent quelquefois dans une âme foible le sentiment de la vertu, tandis que le vrai philosophe y trouve au contraire de nouveaux motifs de lui rapporter ses actions et de lui adresser ses hommages. Notre poète étoit digne de sortir victorieux d'une pareille épreuve; et il étoit réservé à celui qui avoit entrepris de châtier sur la scène le vice odieux de l'ingratitude, de donner encore un exemple éclatant de reconnoissance. C'est ce que fit Destouches, en envoyant à son vieux père dans l'indigence , /|o,ooo liv. prélevées sur les émoluments de sa place. Un pareil trait vaut mieux que toutes les déclamations sur la vertu, et fait plus d'honneur qu'une bonne comédie. Ce fut aussi pendant son séjour à Londres, qu'il contracta ce mariage qui lui fournit dans

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la suite le sujet d'une de ses meilleures pièces. D'importantes raisons l'obligeoient à tenir cette union secrète, au moins pendant quelque temps ; mais l'indiscrétion de sa belle-soeur, qu'il avoit été forcé de mettre dans la confidence, dévoila ce qu'il avoit tant d'intérêt à cacher. Cette aventure nous valut plus tard le Philosophe marié, et Destouches n'oublia pas de s'y venger de son imprudente belle-sœur en la peignant sous les traits de la vive et capricieuse Céliante. On dit même que le portrait étoit si frappant de ressemblance, que le modèle s'y reconnut, et ne parvint à contenir l'expression de son ressentiment, que dans la crainte de fournir au malin poète un nouveau sujet de comédie.

Après six années de résidence en Angleterre , Destouches fut enfin rappelé dans sa patrie en 1723. L'accueil qu'il reçut du Régent fut la première récompensede ses services : a Je vous donce nerai , lui dit ce prince en présence de toute cela cour, des preuves de ma satisfaction, qui ce vous étonneront , ainsi que tout le royaume. » Malheureusement pour Destouches, la mort prématurée du duc d'Orléans , arrivée dans cette même année, fit évanouir l'effet de ces brillantes promesses. Son protégé étoit déjà à la tète des bureaux, et devoit bientôt obtenir le département des affaires étrangères. A la mort du prince , la fortune changea; mais l'âme de Destouches étoit supérieure & ses vicissitudes,

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et peut-être même bénit-il en secret le sort qui 1 eloignoit du tourbillon des affaires et de l'agitation des cours, pour le rendre aux charmes de la solitude et de la littérature. Cent mille francs de gratification qu'il avoit reçus du Régent à son retour d'Angleterre, lui assuroient pour l'avenir les douceurs d'une heureuse médiocrité. II consacra une partie de cette somme à l'acquisition de la terre de Fortoiseau près de Melun, et ne tarda pas à s'y retirer pour y cultiver en paix les Muses, amies de la retraite et de la liberté.

Rien ne prouve mieux l'excellence des beauxarts, que cette puissance qu'ils exercent d'une manière irrésistible sur tous ceux dont ils ont jadis occupé les loisirs et charmé l'existence. Des occupations forcées, des distractions volontaires même peuvent bien les faire négliger; mais ou n'oublie jamais la douceur des premières études et l'ivresse d'un premier succès. Amis fidèles et désintéressés, les beaux-arts, après les orages des passions et les secousses d'une vie agitée, viennent encore nous offrir leurs consolations et leur appui : ils dissipent les prestiges de l'amour, détrompent des rêves de l'ambition , remplacent des émotions passagères et des plaisirs bruyants par des jouissances plus solides, et conduisent par des chemins de fleurs à la véritable philosophie.

Destouches sentoit si bien tout le prix de

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cette vie douce et paisible , qu'il n'hésita pas à rejeter, quelques années après , les propositions du cardinal de Fleury , qui vouloit l'envoyer en Russie avec une nouvelle mission diplomatique. L'amour de la retraite l'emporta sur le désir d'observer les moeurs de cette nation demibarbare et demi-policée, qui ne devoit sa nouvelle civilisation qu'à la rigueur de son gouvernement Le poète philosophe comparoit ingénieusement le peuple russe, réformé par une domination sévère, aux arbres de son. jardin qu'il rendoit fertiles en les émondant : « Mais , « arbres pour arbres, ajoutoit-il, j'aime encore «c mieux les miens. »

Avant sa retraite, et peu de temps après son retour d'Angleterre, l'Académie avoit ouvert ses portes à Destouches; et si l'importance qu'il venoit d'acquérir dans sa mission, valut alors cette honorable distinction à l'auteur de quelques comédies un peu foibles , il ne tarda pas à proiNer qu'il en étoit digne, et à mériter la récompense qu'on venoit de lui décerner. Le Philosophe marié , premier ouvrage que Destouches composa dans sa solitude, rendit au théâtre un digne successeur de Molière, et réalisa toutes les espérances qu'avoient données YIngrat, YIrrésolu et le Médisant Destouche» montra dans cet ouvrage tout ce qu'un véritable talent peut acquérir par l'étude et la réflexion. Conduite, intérêt, situations, con-

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trastes, caractères, tout est sagement conçu, profondément combiné, développé avec art. Le poète avoit, comme je l'ai déjà dit, puisé dans sa propre famille le sujet de cette comédie. Il paroit qu'il étoit alors fort à la mode d'afficher la plus grande indifférence et même le plus profond mépris pour le mariage. La plupart des comédies du temps combattent ce travers, qui ne s'explique que par la corruption des moeurs ou simplement par la foiblesse et la bizarrerie de l'esprit humain. Duclos écrivoit à peu près vers la même époque : ce II n'y a rien « qui soit si décrié que l'amour conjugal : ce « préjugé est trop violent, il ne peut pas duce rer. » Et plus bas,. après avoir indiqué comment la révolution peut se faire, il ajoute: oc On n'entendra parler que d'époux unis, le ce bon air s'en mêlera, et il pourroit arriver « telle circonstance qui mettroit la vertu à la « mode. » L'union entre les époux n'est pas encore une affaire de mode, ainsi que le prévoyoit Duclos; mais la terrible secousse qui, en renversant tant de préjugés utiles en a détruit aussi quelques-uns de ridieules, nous a ramenés par des moyens un peu violents, il est vrai, à des sentiments plus naturels ; et maintenant il est permis d'aimer sa femme, à plus forte raison de convenir qu'on l'a épousée. Le ridicule que Destouches a joué dans sa comédie n'est donc pas un de ces traits caractéristiques qui con-

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viennent également à tous les hommes de tous les temps : c'est tout au plus une bizarrerie particulière à un siècle; encore ce travers de la mode n'est-il répandu que dans certaines classes de la société, d'où bientôt une autre fantaisie peut le faire disparoî\re. Si , par un travers singulier, nos pères ont fourni des modèles d'un personnage tel que le Mari honteux de l'être , il est plus que probable que le moule en est maintenant brisé pour jamais. Il n'est pas plus dans la nature de rougir d'être marié, que de rougir d avoir un père ; et Destouches , malgré l'esprit de son siècle, sentoit tellement combien ce ridicule est extraordinaire, que son philosophe convient bonnement de sa foiblesse sans chercher à la justifier.

Dès la seconde scène , il lui fait dire :

Entre nous, ma foiblesse

Est de rougir d'un titre et vénérable et doux ,

D'un titre autorisé du beau titre d'époux ,

Qui me fait tressaillir lorsque je l'articule,

Et que les moeurs du temps ont rendu ridicule. 4

Ce motif, je le sais, n'est pas des plus sensés.

et dans un autre endroit :

Je tous l'ai dit souvent ; les sages autrefois

De la seule vertu reconnoissant les lois ,

Loin de fuir la douleur comme un affreux supplice,

Non contents de la vaincre en faisoient leur délice.

Les plus sanglants affronts , les plus cruels mépris

Ne pouvoieut un instant ébranler leurs esprits :

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Immobile» rochers , ils défioient l'orage. J'admire leur exemple , et n'ai pas leur courage.

Mais ce défaut de courage, si peu naturel, surtout dans un philosophe, n'est pourtant pas hors de toute vraisemblance; et d'ailleurs , quoiqu'il soit aisé de s'apercevoir^ue le ridicule est ce qu Ariste redoute le plus, l'auteur a eu l'adresse de placer son personnage dans une position qui lui fournit d'excellentes raisons pour colorer sa foiblesse. Le consentement paternel, sans lequel il s'est marié et qu'il veut obtenir , les ménagements qu'il doit à un oncle intraitable dont il est l'unique héritier, voilà sans doute d'assez puissants motifs pour envelopper de l'ombre du mystère les nœuds qu'il a formés , et pour contenir l'indiscrétion de sa femme et de sa bellesœur, sans trop exposer à leurs railleries sa dignité de philosophe. Au surplus , si ce caractère perd chaque jour un peu du mérite de la ressemblance à mesure qu'il s'éloigne du temps qui en offroit le modèle, les situations comi- >ques dans lesquelles Ariste est placé , les effets piquants qui en résultent, le naturel et la variété des personnages dont il est entouré, laissent à peine sentir ce léger défaut, et justifient le prodigieux succès que la pièce eut dans la nouveauté. Dans cet ouvrage , l'auteur a su allier avec beaucoup d art un intérêt doux et touchant avec une plaisanterie vive et piquante. La situation contrainte du philosophe, l'amour raison-

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nable et résigné de Mélite , pouvoient dégénérer en monotonie; c'étoit un écueil à éviter, et Destouches Ta fait adroitement en leur opposant d'heureux contrastes. La brusquerie de Géronte, la vivacité, les caprices de Céliante , l'impertur^ bable sang-froid de son amant , le persiflage dit marquis du Lauret, et jusqu'à la malice de Finette, contribuent à répandre dans cet ouvrage l'enjouement et la gaîté qui font l'essence de la comédie.

Cependant , malgré son succès, ou plutôt à cause de son succès , cette pièce trouva de nombreux détracteurs. Ce n'étoit pas d'ailleurs ki première fois que l'envie et la malignité avoient cherché à troubler la tranquillité du poète. Les services qu'il avoit rendus au gouvernement, les témoignages d'estime et de reconnoissancë qu'il en avoit reçus, ne lui avoient pas fait moins d'ennemis que les applaudissements qu'il venoit de recueillir au théâtre; et ce fut tout simplement pour les envieux une nouvelle occasion de ternir sa gloire. De misérables pamphlets, dont une méchanceté grossière faisoit souvent tout le sel , n'étoient pas encore parvenus jusqu'à lui, ou du moins il avoit pensé ne devoir répondre à des injures que par le silence; mais, en cette occasion, il se crut autorisé à défendre sa pièce contre les critiques amères qui la déchiroient, et, suivant l'exemple de Molière, qu'il avoit bien acquis 1* droit d'imi-

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ter, il traduisit les censeurs sur la scène dans une petite pièce intitulée Y Envieux ou la Critique du Philosophe marié. Quoique cette bluette, inspirée par la circonstance, n'ait pas obtenu un grand succès, on ne put s'empêcher d'y reconnoître le bon sens, l'esprit et la décence avec lesquels l'auteur sut repousser en homme supérieur les traits d'une basse jalousie.

"Les Philosophes amoureux, qui parurent deux ans après, en 1729 , réussirent encore moins; et cette pièce, assez froide, dont la plupart des caractères sont forcés et plusieurs situations invraisemblables, étoit en effet peu digne de l'auteur du Philosophe marié. Mais Destouches ne tarda pas à reprendre son rang, et, donnant même à son talent un essor plus brillant encore, il produisit le Glorieuùc> son chef-d'œuvre et peut-être celui du siècle. En examinant cet ouvrage avec attention , on ne sait ce qu'il faut le plusadmirerde la sagesse du plan, de lavéritédes caractères, ou du mérite du style. Les situations y sont tour à tour comiques et touchantes, sans que l'intérêt nuise en rien à la gaîté- Destou- ' ches fit preuve , dans cette pièce, d'une grande 1 connoissance de l'art et de ses ressources. En cherchant à faire jouer de nouveaux ressorts négligés par ses illustres devanciers, en essayant d'émouvoir la sensibilité , il n'oublia pas que le premier devoir d'un auteur comique est d'exciter le rire, et il sut concilier, avec une adresse

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admirable, ces deux moyens de succès, dont l'alliance est devenue pour tant d'autres auteurs un écueil inévitable. Dans le Glorieux , i l'intérêt du roman est si babilement dirigé\ et subordonné avec tant d'art à la nécessité de présenter les principaux caractères dans tout leur jour, que le censeur le plus sévère se laisse entraîner aux mouvements d'une douce sensibilité, et ne pense pas, en essuyant une larme, à reprocher à l'auteur de l'avoir surprise par des effets inattendus, ou par des moyens peu naturels.

Destouches ad'ailleurs regardé cette nouvelle combinaison qu'il introduisoit sur la scène, comme une ressource secondaire, et la sage économie avec laquelle il l'a employée en est une preuve évidente-

C'est avec la même adresse qu'il a caché , sous des détails pleins d'un excellent comique et d'une fine plaisanterie, un but constamment moral, auquel se rattachent tous lès fils de l'action. L'orgueil sans cesse froissé dans ses prétentions ridicules par tout ce qui l'entoure, la vanité qui se nourrit d'amertume et de sacrifices, tel est le tableau développé pendant cinq actes de la manière la plus piquante, et terminé par un dénoûment naturel et satisfaisant. « Si la vanité ne renverse pas entièrement les « vertus, dit La Rochefoucauld, du moins elle « les ébranle toutes. » Mais le moraliste n'ajoute pas qu'il soit impossible de secouer le joug, et

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l'on conçoit qu'une âme forte , excitée par une leçon vigoureuse , peut retrouver son énergie çt rendre à la vertu l'empire usurpé par la vanité. Telle est sans doute la réflexion qui a déterminé Destouches à corriger son Glorieux, au lieu de le punir; et ce dénoûment est suffisamment préparé par la conduite du comte de Tufière pendant toute la pièce. L'humeur que donnerait son orgueil excessif, est tempérée par le plaisir de voir cet orgueil continuellement à la torture. Chaque accès de vanité est immédiatement suivi de la punition , si bien qu'au moment où le Glorieux tombe aux pieds de son père en présence de tout le monde , il ne reste plus d'animosité contre lui, la justice est satisfaite; et Ton pardonne d'autant plus volontiers, que l'auteur a évité habilement d'avilir son personnage ou de le rendre odieux.

Cependant on a prétendu que Destouches avoit d'abord terminé sa pièce par la punition du Glorieux , mais que l'acteur Quinault-Dufresne, auquel ce rôle étoit destiné, et qui, diton, en avoit fourni le modèle, ne voulut jamais consentir à se voir éconduit et humilié eu plein théâtre, et que l'auteur fut obligé de sacrifier à l'orgueil du comédien, un dénoûment qui lui sembloit raisonnable. Cette condescendance n'eut pas heureusement les suites funestes quelle pouvoit entraîner, et le glorieux Pufresne ne manqua peut-être pas encore de

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s'attribuer une partie du succès et de faire honneur à sa prévoyance des corrections exigées par sa ridicule vanité. Quoi qu'il en soit, cette; pièce , donnée en 1 73a , eut à la scène un succès; extraordinaire; elle soutint avec le même bon*' heur une épreuve plus difficile encore, et ne réussit pas moins à la lecture qu'à la représentation.

C'était dans le silence du cabinet que i'attendoient ceux qui n'avoient pu refuser de mêler au théâtre leurs applaudissements aux applaudissements du public, et il fut d'autant plus honorable à l'auteur de sortir victorieux d'un semblable examen, que plusieurs juges, dont l'opinion étoit redoutable, s'étoient laissé prévenir défavorablement contre son ouvrage, a Cette c pièce, écrivoit alors Voltaire, a beaucoup de «succès, et peut-être en aura-t-elle moins à la « lecture qu'aux représentations. Ce n'est pas « qu'elle ne soit en général bien écrite, mais « elle est froide par le fond et par la forme , et «je suis persuadé quelle n'est soutenue que « par le jeu des acteurs pour lesquels l'auteur « a travaillé. » Cet arrêt de Voltaire est nonseulement beaucoup trop sévère , mais il semble même appuyé sur des bases bien fragiles. Le mérite du style que ce critique , doué d'ailleurs d'un goût si parfait, accorde à la comédie du Glorieux y est à coup sûr celui de tous qui se fait te moins sentir à la scène, surtout aux pre-

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m ières représentations, ou le spectateur, presque uniquement occupé de la marche de la pièce, de la vérité des caractères, de la beauté des situations, n'a pas le temps de remarquer un avantage qui, pour être apprécié à sa juste valeur, ne sauroit se passer du secours de la réflexion. Sans doute un sentiment rapide nous fait applaudir un beau vers au théâtre, mais pour goûter le mérite d'une belle tirade, il faut la connoître d'avance, et pour ainsi dire la guetter au passage. C'est un point que l'on ne cherchera pas à contester assurément, si l'on veut bien se souvenir du sort des chefs-d'œuvre de notre scène, repoussés à leur naissance avec ignominie, et dont le temps seul a révélé la perfection, surtout sous le rapport du style. Au contraire, le succès du cabinet est tout ce qui reste à ces ouvrages privés de chaleur, de mouvement et d'intérêt, dont on ne pourroit supporter la représentation, et dont la lecture, grâce au mérite de la versification , offre en* core des charmes.

D'ailleurs, s'il est vrai que le stjle soit une des parties brillantes du Glorieux , il est faux de dire que ce soit la seule. On peut sans doute reprocher à Destouches d'avoir outré quelquefois ses contrastes, et de s'être I a is.sé entraîner au-delà des bornes de la nature et de la vérité, pour former des oppositions plus piquantes. Son homme aux révérences , par exemple, tout

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comique qu'il est à la scène, perd, j'en conviens , quelque chose par la réflexion/ Ces sortes d'extrêmes peuvent à toute rigueur se rencontrer dans la société, mais ils sont déplacés sur le théâtre, où ils paraissent trop le produit d'un calcul exact et d'une froide symétrie. Mais, Phi- Hnte excepté, quelle vérité dans les autres caractères! Comme celui du Glorieux est largement dessiné d'un bout à l'autre! et comme le rôle de Lisimon forme avec lui une opposition heureuse et naturelle! Celui de Lisette n'est pas tracé avec moins de talent. On a beaucoup abusé depuis de ces rôles déjeunes personnes nées dans les grandeurs, et plongées ensuite par des revers de fortune dans des conditions humiliantes; mais Lisette a l'avantage d'avoir servi de modèle, et elle l'emporte encore sur toutes ses copies par cet adroit mélange de grâce et de dignité, par cette pointe de gaîté qui ne passe jamais les bornes de la décence , et qui convient également à sa naissance et à sa situation.

Les rôles accessoires sont traités avec le même soin. Celui de Pasquin surtout est d'un bon comique; et on doit en savoir d'autant plus de gré à Destouches, que son talent paroît moins à l'aise toutes les fois qu'il met en action ces sortes de personnages subalternes.

Si l'on veut des situations, quelle pièce en présente en plus grand nombre, de plus natu-

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relies , de plus gaies , de plus touchantes ? L'or* gueil de Tufière contraint à dévorer la grossière familiarité de l'homme dont il veut faire son beau-père , et se vengeant avec usure sur les autres de cette loi gênante que lui impose son intérêt; la brutale franchise de Lisimon, la licence de ses moeurs , tracées avec toute la vigueur possible, sans toutefois choquer les convenances de la morale du théâtre; jusqu'à l'insolence de ce Pasquin, qui s'avise d'imiter les grands airs de son maître , mais qui du moins a le bon esprit de rentrer en lui-même à la première leçon ; toutes ces conceptions également justes et fortes amènent une foule de scènes pleines de comique et de vérité. La position du Glorieux, entre sa sœur femme de chambre et son père dans un état voisin de la misère, est une autre source de situations remplies d'intérêt , mais d'un intérêt habilement subordonné aux règles de la comédie. C'est dans l'heureuse idée de placer aussi bas les alentours du Glorieux, que Destouches a puisé cette scène pathétique où se trouvent ces deux vers admirables par la force de la pensée et le mérite de l'expression :

J'entends ; la vanité me déclare à genoux Qu'un père infortuné n'est pas digne de tous.

Ces deux vers ne sont pas d'ailleurs les seuls qui méritent de rester dans la mémoire; et quand

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bien même on parviendrait à dépouiller cette excellente comédie de ses autres avantages , l'élégance et la perfection de son style ne lui assureroient pas moins, en dépit de la prédiction de Voltaire, le suffrage des bons juges et des vrais connoisseurs.

Au reste , ce censeur rigoureux ne tarda pas lui-même à changer d'avis; c'est au moins ce qu'on peut inférer de ces petits vers qu'il se crut obligé d'adresser à Destouches, est qui ne sont pas à coup sûr les meilleurs qu'il ait faits dans le genre gracieux, dont il possédoit si bien tous les secrets :

Auteur solide , ingénieux , Qui du théâtre êtes le maître , Vous qui fîtes le Glorieux, Il ne tiendroit qu'à vous de l'être.

Excité par \e brillant succès de cette comédie» Destouches voulut rentrer dans la carrière , et différents ouvrages furent présentés successivement au public en plusieurs années, les uns sur le théâtre, les autres par la voie de l'impression. V Ambitieux 9 V Enfant gâté , Y Amour usé, le Trésor caché y la Force du naturel ', parurent un moment sur la scène; mais toutes ces pièces furent bientôt complètement oubliées. Il n'est donné qu'à un petit nombre de génies privilégiés de marcher constamment de chefs-d'œuvre en chefs-d'œuvre, et de savoir s'arrêter avant le temps de la décadence, fixé plus tpt ou plus

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tard par les lois invariables de la nature. Elle donne à chacun de nous la faculté de s'élever à une certaine hauteur; la plupart n'y parviennent qu'insensiblement et par de longs efforts , quelques-uns l'atteignent d'un seul vol; mais une fois parvenu jusqu'au terme , il est bien difficile de s'y soutenir, et malgré soi il faut en descendre.

. Destouches ne put éviter la destinée com- I m une, et depuis le Glorieux, sa muse n'éprouva ; que des revers , ou ne jouit plus que de quelques foibles triomphes. U Ambitieux , retardé longtemps par la crainte d'offenser un homme en place contre lequel on s'imaginoit que la pièce renfermoit des allusions , Y Ambitieux répondit mal à l'attente des comédiens, qui l'avoient reçu à l'unanimité, et satisfit encore moins la curiosité du public, qui chaque jour se portoit en foule au théâtre, sur le faux bruit adroitement répandu que les acteurs joueroient cette comédie sous un autre titre. Elle parut enfin en 1737 ; mais l'opinion avantageuse qu'on en avoi t conçue ne tarda pas à s'évanouir , et sans le naturel et les grâces de mademoiselle Dangeville, qui s'obstina à jouer un monologue que Destouches vouloit absolument retrancher, et qui dans le fait n'est pas ce qu'il y a de meilleur dans la pièce, peut-être n'eût-elle pas été entendue jusqu'au bout. Mais, grâce à cette habile auxiliaire, l'ouvrage se soutint quelque temps

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au théâtre. La Belle Orgueilleuse ou X Enfant gâté, comédie en un acte et en vers, eut un sort encore plus fâcheux. V Amour usé, en cinq actes et en prose, donné la même année 1741 î le Trésor caché , aussi en cinq actes et en prose , imité de Plaute et représenté aux Italiens en 1 740, ne firent également qu e paroî tre. La Force du naturel, en cinq actes et en vers , donnée aux François cinq ans après, fut traitée avec un peu moins de sévérité. Mais ce demi-succès n'empêcha pas cette pièce, dont le fond, quoique vicieux, est semé de jolis détails, de retomber bientôt dans l'oubli. Le Dissipateur lui-même, . imprimé depuis long-temps et joué même en province, se ressentit, lorsqu'il fut représenté à Paris, en 1753 , de la fâcheuse influence qui sembloit poursuivre les dernières productions de Destouches.

Cependant cette copiédie, tombée dans Tannée qui précéda la mort de l'auteur , se releva dans la suite; et depuis, elle a conservé un rang honorable sur la scène où des situations intéressantes, des caractères bien tracés, du mouvement, un style pur, la font toujours revoir avec plaisir. Il faut bien qu'il y ait dans le Dissipateur un véritable mérite pour empêcher le spectateur de sentir trop vivement les défauts réels qu'on remarque avec un peu d'attention dans le plan et dans la con texture de cet ouvrage. La plus grande difficulté qui naît du fond

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du sujet, et que Fauteur n'a pu surmonter, malgré la multitude de ressorts qu'il a mis en œuvre avec beaucoup d'adresse , consiste dans l'impossibilité de ruiner entièrement, dans l'espace de vingt-quatre heures, un homme puissamment riche. En vain le Dissipateur paroît dès l'exposition sur le bord du précipice, il faut pour le pousser jusqu'au fond une série d'incidents qui passent un peu les bornes de la vraisemblance ; et le dénoûment surtout n'est pas à l'abri des reproches de la critique.

Dans les excellentes réflexions qui suivent chacune des pièces renfermées dans le Répertoire du Théâtre François, M, Petitot observe à l'article du Dissipateur : a Que si Julie, en «jouant avec Cléon et sa société, a exposé tout « son bien, elle est aussi imprudente que son « amant , et dément la grande réputation de sa- « gesse que Fauteur lui a donnée dans le com- « mencement de l'ouvrage. » Malgré tout le poids d'une autorité si respectable , je ne crois pas que cette objection soit bien solide. Julie est déjà riche du bien de Cléon, lorsqu'elle tente la fortune , et c'est avec ses propres dépouilles qu'elle achève de le ruiner. Cette conduite est conforme d'ailleurs au plan qu'elle s'est tracé , et qu'elle suit fidèlement pendant tout le cours de la pièce. Il me semble donc que l'on pourroit reprocher à Destouches, avec plus de fondement, d'avoir subordonné son dénoûment à

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l'événement beaucoup trop incertain d'un jeu de hasard. 11 faut sans doute qu'un dénoûment soit imprévu , mais il doit moins frapper par le fond que par la forme , et le spectateur a droit d'exiger que cette dernière combinaison , qui présente le complément de toutes les autres, soit la suite nécessaire ou du moins présumable des différentes combinaisons qui l'ont précédée. Si la chance étoit favorable à Cléon au lieu de lui être contraire, la pièce ne finiroit pas; et cependant l'un de ces deux cas est aussi possible que l'autre , car on ne doit pas supposer que Julie ait des moyens de fixer la fortune; rien dans la pièce ne peut l'en faire soupçonner, et ce seroit d'ailleurs avilir son caractère.

M. Petitot fait à Destôftches une inculpation plus grave encore , et sur laquelle j'avoue qu'il seroit difficile de le justifier. Dans sa Préface du Dissipateur, le poète comique avance sveo beaucoup d'assurance qu'il n'a travaillé sur aucun modèle, et que la nature lui a fourni ce sujet Malheureusement pour Destouches, la littérature angloise , de son temps presque inconnue en France, nous est devenue beaucoup plus familière, et M. Petitot a découvert, eft parcourant le Théâtre de Shakespeare , ce que d'autres ont répété depuis , qu'une comédie du poète anglois intitulée Timon d'Athènes, avoit fourni à l'auteur du Dissipateur son caractère principal et la plupart de ses combinaisons.

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Sans doute il a fallu beaucoup d'art pour approprier à notre scène un assemblage aussi informe que la pièce angloise; mais Shakespeare n'en a pas moins le mérite de l'invention. Et Destouches devoit se contenter d'avoir enrichi notre Théâtre d'une imitation beaucoup moins imparfaite que l'original.

Il fut moins discret à l'égard du Tambour nocturne , et convint franchement que cette pièce étoit une imitation d'Addison. Peut-être aussi n'attachoit-il pas tant d'importance à cette comédie d'un rang inférieur à ses autres ouvrages; on peut supposer d'ailleurs qu'il doutoit de son effet au théâtre, puisqu'elle n'y parut qu'après sa mort, en 1762, quoiqu'elle eût été imprimée long-temps auparavant. L'événement ne justifia pas les craintes de l'auteur; le Tambour nocturne fut accueilli avec indulgence, et le temps ne lui a rien fait perdre de sa faveur. Destouches n'a voulu qu'être plaisant dans cet ouvrage, et le public en y riant de bon cœur toutes les fois qu'on le donne , prouve que l'auteur a réussi. Des caractères facilement esquissés, des situations comiques, un dialogue naturel où l'esprit s'allie sans effort à lagaîté; telles sontles qualités qui placent avantageusement cette pièce parmi ces ouvrages du second ordre où l'on cherche un amusement plus franc que délicat, où la vivacité des situations, la plaisanterie quelquefois même un peu char-

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gée, l'emportent sur la profondeur des combinaisons et sur le mérite des caractères. Cette pièce, qui nous paraît fort peu dangereuse , eC qui renferme d'ailleurs de fort bons principes présentés avec beaucoup d'agrément, fut jugée plus sévèrement en Italie , où la traduction qu'on en a voit faite, a été , dit-on , condamnée au feu , par arrêt du tribunal de l'inquisition.

La fausse Agnes y pièce du même genre, ne fut également jouée qu'après la mort de Destouches. On l'accueillit avec autant de faveur que le Tambour nocturne; et c'est peut-être de toutes les comédies du même auteur, celle que Ton représente aujourd'hui le plus souvent. Des ridicules parfaitement saisis, des scènes pleines de sel et de gaké, font pardonner, dans cet ou-1 vrage, des invraisemblances trop fortes, et des traits un peu trop voisins de la caricature.

V Homme singulier fut moins heureux; et cette pièce, qui annonçoit les plus hautes pré* tentions, se vit aussi traitée avec moins .d'indulgence; un motif particulier, dont l'auteur n'a pas jugé à propos de nous apprendre la cause , le détermina à la retirer d'entre les mains des comédiens avant la représentation , et elle ne leur a été rendue qu'en 1765» Accueillie froide* nient alors r elle se soutint néanmoins pendant quelque temps sur la scène , d'où elle a maint tenant à peu* près disparu. Un style pur , de jolis détails, quelques rôles secondaires fort

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spirituellement dessinés, ont peine * compenser le vice du plan, le. caractère faux et forcé du principal personnage, et les défauts de convenance que la critique remarque dans cet ouvrage. ...

Il seroit inutile de s'étendre sur quelques autres comédies que Destouches jugea lui-même avec raison peu dignes des honneurs de la scène, mais que Ion se croit obligé d'insérer dans un recueil de ses oeuvres dramatiques. Il suffit d'indiquer les titres du Jeune homme à l'épreuve, du Mari confident, de X ArclU-Menteur , du Dè+ pôi, que peut-être un petit nombre de lecteurs aura seul le courage de parcourir jusqu'au bout, et dans lesquelles on trouvera cèpepdant des traces fréquentes dé cette sagesse de composition, de cette correction et même de cette éié* gancede style , qui distinguent le talent de Des? touches jusque dans ses productions, les plus négligées. : •• 5 .■■ !" .» - •

On possède encore quelques fragments de plusieurs comédies t quecetauteur fécond n'eut pas le temps de terminer, ou plutôt, comme il a pris, soin de nous rapprendre lui-même ^ qu'il eut. seulement' L'intention d'ébaucher. Il fut obligé d'abandonner le Prothéei qu'un autre auteur venoit de mettre suri W scène sous le titre du Complaisant. Il commença V Aimable Vieillard, le Tracassier, et le Vindicatif, en fa* venr d'un de ses amis qui vouloit, à son exein-

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pie, parcourir la carrière dramatique, et qui l'avoit prié de lui frayer le chemin. Ce fut aussi par complaisance , et sans intention de donner suite à ce travail, qu'il traduisit en vers quelques scènes d'une pièce de Shakespeare, intitulée la Tempête. Le génie de Destouches, plus sage que gracieux, plus judicieux que flexible, lui inspira quelquefois néanmoins des ouvrages de circonstance qui ne manquent ni de grâces ni de facilité. Ce fut ainsi que ce poète composa les Amours de Ragonde, les Fêtes de l'Inconnu , et la Fête de la Nymphe Lutèce, pour le théâtre de la duchesse du Maine à Sceaux: ces divertissements y furent reçus avec applaudissements, et le premier parut même avec quelque succès, dans la suite, sur la scène de l'Opéra, Cependant ces fragments et ces productions légères sont loin de nous dédommager de la perte d'une pièce intitulée le Faux Misanthrope. Cette comédie étoit en cinq actes, et l'auteur paroît l'avoir travaillée avec le plus grand soin , s'il faut en juger par le cinquième acte, qu'il avoue dans quelqu'une de ses lettres avoir recommencé plusieurs fois. On doit regretter bien davantage encore des commentaires sur tous les auteurs dramatiques, anciens et modernes. Cet ouvrage iMrnehse , auquel Destouches tra~ vailloit depuis plus de dix ans, comme il nous l'apprend lui-même , devôit être fort avancé lorsqu'il mourut La lettre dans laquelle il donne

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quelques détails sur cette vaste entreprise , nous fait connoître que les essais sur Sophocle, sur Euripide , sur Aristophane , sur Plaute et sur Térence étoient entièrement terminés, et que les observations sur les deux Corneille touchoient presque à leur fin. Il est fâcheux que cet examen ne nous soit pas parvenu; un écrivain comme Destouches, rempli de jugement et de goût, devoit avoir recueilli une foule de réflexions saines et d'observations précieuses sur un sut dans lequel il avoit obtenu de si brillants succès, et qui d'ailleurs avoit été l'objet des études de sa vie entière.

On attachera sans doute moins d'importance à la perte de plusieurs milliers d'épigrammes, que notre auteur t devenu très-pieux sur la fin de sa vie, composoit au fond de sa retraite pour la défense de la religion. Il en avoit fait lui-même un choix déjà fort considérable, puisqu'il mon* toit à quelques centaines , que le Mercure du temps se chargea de répandre. Parmi ce nombre prodigieux d'épigrammes lancées contre les incrédules et les philosophes, dont le règne étoit à son aurore, il ne s'en trouve pas une seule de bonne , et c'est vraiment jouer de malheur, ainsi que Ta spirituellement observé M. Petitot Mais c'est un fort petit malheur que de faire de mauvaise* épigrammes; et si l'on peut taxer d'indiscrétion le zèle qui les a fait paroître , l'esprit qui les a dictées n'en est pas

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moins louable. Dans un temps où le philosophisme commençoit à devenir une affaire de mode , il est honorable pour Destouches d'avoir su se garantir de cette fâcheuse manie , et d'en avoir pressenti les conséquences funestes.

Ce jugement solide, cet attachement aux bons principes, que l'on remarque dans son caractère comme dans ses écrits, sont des liens de plus qui le rattachent aux auteurs du dix* septième siècle, avec lesquels il a d'ailleurs d'autres traits de ressemblance. Ennemi de l'affectation, de la recherche, des faux brillants, qui usurpoient insensiblement les domaines de la littérature, ses ennemis lui reprochoient de manquer d'esprit; il sut se contenter $ avoir du bon sens. Sage dans ses conceptions , vrai dans ses caractères, raisonnable dans son dialogue, élégant dans son style , il réuni t à un rare degré de perfection ces premières qualités trop négligées par ses contemporains et même par la plupart des auteurs dramatiques de nos jours. Ce poète judicieux semble avoir toujours eu devant les yeux cette excellente réflexion de La Bruyère : « Ce n'est point assez que les mœurs « du théâtre ne soient point mauvaises, il faut « encore qu'elles soient décentes et instruca tives. » On prétend que Destouches, qui n* vient qu'en troisième ligne sur la scène françoise, marche immédiatement, aux yeux des étrangers, après notre inimitable Molière. Si

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cette assertion n'est point hasardée, ce ne peut être qu'à la décence des mœurs, à la noblesse des caractères qu'il a retracés, qu'il doit de l'emporter sur l'originalité piquante et sur l'intarissable gaîté de Regnard.

L'auteur du Glorieux, toujours aisé , toujours naturel dans le comique élevé , tombe quelquefois dans la charge lorsqu'il veut peindre des mœurs triviales et des personnages subalternes. Pour faire plus d'effet, il exagère aussi les contrastes ; mais ce double défaut qui se fait sentir, j'en conviens, jusque dans ses meilleurs ouvrages, est suffisamment racheté par beaucoup d autres avantages qui valent à cet auteur estimable d'être placé parmi les maîtres de la scène, et qui lui ont mérité après le succès de la représentation un honneur plus difficile encore à obtenir, celui d'être goûté dans le silence du cabinet « Vos pièces se lisent, lui dit Fonte tenelle en le recevant à l'Académie, et cette « louange si simple n'est pourtant pas fort com- « mune. » On peut ajouter qu elle n'en est. pas moins vraie, pour être académique; les juges éclairés et les gens dégoût là confirment tous les jours; et si la plus grande partie des pièces de Destouches n'est pas restée au théâtre , il en est bien peu qui n'offrent une lecture tout à la fois amusante et solide.

Un éloge non moins flatteur qu'il sut encore mériter, c'est l'accord parfait des principes que

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Ton retrouve dans tous ses ouvrages, et de ceux qui firent la règle de sa vie. Décent, délicat, honnête homme sur la scène, il ne le fut pas moins dans le monde et dans sa famille. Il prêchoit la morale et la vertu dans ses comédies; mais ce qui vaut encore mieux, il prêchoit d'exemple. Détrompé des rêves de l'ambition, lorsqu'il pouvoit encore prétendre à les réaliser, l'amour de l'étude et de la véritable philosophie fa voit détenpiné depuis long-temps à ne plus quitter sa terre de Fortoiseau; ce fut dans cette agréable retraite qu'il termina sa carrière à l'âge de soixante-quatorze ans , le 5 juillet r ^54 , emportant avec lui les regrets de sa famille et l'estime de ses contemporains.

De S s.

kiH J)£ LA NOTICE.

LE

COMÉDIE EN CINQ ACTES, Représentée pour la première fois en 1710,

PERSONNAGES

GÉRONTE

JULIE, fille de Géronte.

LÉANDRE, amant de Julie.

DAMON, ami de Leandre.

NÉRINE, suivante de Julie.

LOLIVE, valet de Léandre.

CR1SPIN , valet de Damon.

Uir Laquais de Géronte.

La scène esta Paris, dans la maison de Géronte.

LE CURIEUX IMPERTINENT. s£* x.

LE

CDIUEUX IMPERTINENT^

COMEDIE

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