‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 2 sur 357 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

DAMON, CRtSPIN.

CRISPIW.

Oh! par ma foi. Monsieur, je ne vous comprends point,

Et je veux, s'il vous plaît , raisonner sur ce point:

Pour vivre à la campagne , et pour être tranquille,

Au milieu de l'hiver vous sortez de la ville;

Puis à peine arrivé, vous regagnez Paris.

D'un si prompt changement qui ne serait surpris?

DAMON

Ce .voyage, Crispin, ne doit pas te surprendre;

Je reviens à Paris par Tordre de Léandre ;

Car tout ce qu'il souhaite est un ordre pour moi,

Et de lut pliure en tout je me fais une loi.

Tu sais qu'unis tous deux d'une amitié parfaite....

CBISPIN*

Nous voilà donc ici, parce qu'il le souhaite?

DiMOIf.

Tu Tas dit,

CRISPIK.

J'ai, Monsieur, quelque petit soupçon; De grâce, apprenez-moi si j'ai tort ou raison. Je crois, sans vanité, n'être pas une béte, Et lorsque je me mets certaine chose en tête.... Vous êtes amoureux, ou je suis fort trompé.

DAMON

Comment?

CRISPIN

Quand vous étiez tout entier occupé Du dessein d'assurer le bonheur de Léandre, Et d'engager Géronte à l'accepter pour gendre , Le vieillard refusoit; vous, content et joyeux, Vous reveniez les soirs, affable, gracieux; Crispin, me disiez- vous avec un air paisible, J'ai perdu tous mes soins , Géronte est inflexible.

DAHOIT.

D'accord.

CRISPIff.

Après cela , lorsque sur son esprit Vous eûtes pour Léandre acquis quelque crédit , Je vous vis tout d'un coup triste, mélancolique, Brutal et souffletant votre cher domestique ; Tout ce que je faisois étoit toujours mal fait, Et jamais de mes soins vous n'étiez satisfait. Je me disois tout bas : Il en tient , notre maître ; De Julie amoureux , il n'ose le paroître : Ses soins près du vieillard ont du succès enfin,

Page 1