ACTE II, SCENE IIL
PASQUIN
Ma foi , m'en croirez-vous? Fuyez qui vous méprise:
^Retournons à Nevers , pour apaiser Orphise.
Bile vous adorort. Son amour renaîtra
Dès le premier moment qu'elle vous reverra.
En même temps aussi je re verrai Nérine ,
Qui, depuis notre absence, est , je crois, bien chagrine.
Hélas! la pauvre enfant! elle m'aimoit si fort,
Que, lorsque je partis....
dàmis.
Tu pleures?
pasquin.
Ai-je tort?
J'ai quitté pour vous suivre une aimable maîtresse, Plus douce qu'un mouton. Ici d'une diablesse , Pour mes péchés, je crois, je me suis entêté. Vous-même autant que moi je vous vois maltraité. Laissons ces guenons-là. Partons , tout nous invite....
DAMIS
Je trouve mon bonheur; tu veux que je le quitte,
Pour aller vivoter sur le reste d'un bien
Que Dorante a perdu? Non, je n'en ferai rien.
Craignez que d'un rival Cléon ne se délivre : Il vaut mieux vivoter que de cesser de vivre.
DAMIS
Cléon est grand seigneur, mais je ne le crains point: S'il osoit me pousser jusques à certain point, Je lui disputerais hautement Isabelle; Et, si par des détours je veux m'assurer d'elle,
i58 L'INGRAT.
C'est afin d'éviter avec lui quelque éclat ,
Qui pourroit m'oblîger à passer pour ingrat.
Je veux l'être en secret sans en avoir la honte ,
Afin de conserver l'estime de Géronte :
Par elle je saurai parvenir à mes fins;
Et la perdre , entre nous, est tout ce que je crains,
pasquin.
Voici Cléon , je sors.
DAMIS
Demeure , et de ta vie Tu n'auras vu jouer si bien la comédie. Admire et ne dis mot
PASQUIN
. * Du moins j'y tâcherai-
Mieux vous allez jouer et moins j'applaudirai*