ACTE II, SCENE III. i
PÀSQUIN.
Sentez par là l'horreur de votre caractère.
DAMIS
A te dire le vrai , je la sens comme toi ;
Et si je suis ingrat , je le suis malgré moi;
Le remords quelquefois se réveille et me gêne ;
Mais quand j'y veux céder, mon intérêt m'enchaîne.
Pour sortir du malheur où le sort m'a jeté ,
Je me suis endurci contre la probité.
Je ne puis résister aux offres de Géronte :
L'honneur en souffre un peu, mais j'y trouve mon compte.
PASQUIÏT.
Mais vous avez promis bien positivement De parler en faveur de Cléon.
DAMIS
Oui vraiment.
Je lui tiendrai parole.
PASQUIN
Oh ! je n'y vois plus goutte.
DAMIS
Pour venir à mes fins , c'est la plus sûre route. Jusqu'au dernier excès Géronte est entêté , Et ne révoque point ce qu'il a projeté. D'ailleurs, en l'assurant que la reconnoissance Me convie et m'oblige à fuir son alliance, Ce discours généreux le prendra tellement, Qu'il se confirmera dans son entêtement. Cléon d'un dur refus emportera la honte, Et sa haine, à coup sûr, tombera sur Géronte.
i56 L'INGRAT.
PASQUIN
Bon courage, Monsieur : voilà, sans contredit, Avoir fort peu d'honneur avec beaucoup d'esprit.
DAMIS
L'honneur est d'un grand poids, mais il est peu commode: L'immoler au besoin c'est se mettre à la mode ; C'est par là que l'on voit à la ville , à la cour, Tant de fourbes adroits s'avancer chaque jour.
PASQUIN
Vous parviendrez à tout.
DAMIS
Oui , Pasquin , je l'espère.
PASQUIN
Mais , malgré votre esprit et votre savoir-faire , Vous aurez de la peine à sortir d'embarras ; Car, à coup sûr, Cléon ne vous cédera pas.
DAMIS
Je saurai l'y forcer par l'adroite manœuvre....
PASQUIN
Vous allez donc ici faire votre chef-d'œuvre. Permettez, avant tout, que je vous mette au fait.
damis.
Sur (juoi donc ?
PASQUIN
Soyez sur qu'Isabelle vous hait.
DAMIS
Il s'agit d'épouser, et tu verras ensuite Qu'on sait se faire aimer , quand on a du mérite. Au pis-aller, le bien qu'elle m'apportera De tous les accidents me dédommagera.