ACTE I, SCENE II. a
L'un de ces deux objets est une jeune blonde, Qui paroît à ses yeux la plus belle du monde; Et l'autre est une brune aux yeux vifs et perçants, Dont les charmes sur lui ne sont pas moins puissants. Le sérieux de Tune , et sa langueur touchante , Lui disent qu'elle est tendre, et fidèle, et constante; Mais l'enjoûment de l'autre, et sa vivacité, Ont un attrait piquant dont il est enchanté. Enfin, passant toujours de fo blonde à la brune, U les veut toutes deux, et n'en choisit aucune; Et quant à moi, je crois que , pour le rendre heureux , Il les lui faudroit faire épouser toutes deux.
PYRANTE.
Finis ce badinage , et tire-moi de peine. Qui sont ces deux objets ?
FRONTIIT.
Julie et Célimène,
PYRAITTE.
Je ne m'étonne plus , s'il a Unt souhaité Que je logeasse ici.
FRONTIW.
Pour sa commodité, Il a voulu loger avec madame Argante ; Et la chose en sera beaucoup moins fatigante, Car nous ferons l'amour sans quitter la maison.
PYRANTE.
Je m'étois bien douté que c'étoit la raison...,
LYSIMOJf.
Si vous vous en doutiez , c'est par là , ce me semble, Qu'il falloit éviter de loger tous ensemble.
a66 L'IRRÉSOLU.
PTRANTE.
Pourquoi ?
LYSIMOIT.
Vous souffrirez , sans en être honteux , Qu'à vos yeux votre fils fasse le langoureux?
PTRANTE.
Sans doute.
LTSIMON.
Vous pourrez avoir la patience De l'entendre parler de flamme, de constance; Et vous tiendrez enfin à tous ces sots discours 9 Que nos amants transis rebattent tous les jours ?
PYRAïCTE.
Oui. Mon fils est d'un âge à sentir dans son âme Les tendres mouvements d'une amoureuse flamme.
LTSIMON.
Les tendres mouvements ! quels termes doucereux ! Je crois qu'en un besoin vous seriez amoureux.
PTRANTE.
Non; mon temps est passé. Mais comme en ma jeunesse J'ai goûté les plaisirs d'une vive tendresse , Je dois trouver fort bon que mon fils , à son tour f S'abandonne aux transports d'un légitime amour ; Je ne condamne point ce que j'ai (ait moi-raéme. J'aimois quand j'étois jeune ; il faut que mon fils aime.
LTSIMON.
Mais pouvez-vous souffrir qu'il songe à s'allier Àve<# madame Argante ? Elle est folle à lier.
Ï>YRANTK.
Oui; mais ses filles sont aussi sages que belles.