‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 189 sur 357 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

JULIE, NÉRINE

JULIE entre en chantent et en dansant.

Je ne sais pas pourquoi mille gens, chaque jour, Sur .un ton langoureux se plaignent de l'amour, Et comment on soutient qu'une vive tendresse Fait soupirer, gémir, et languir de tristesse : Pour moi, Nérine, j'aime, et j'aime de bon cœur: Cela n'a pourtant rien changé dans mon humeur.

NÉRINE

Vous aimez ? Cet aveu me paroît fort sincère.

JULIE

Oh ! je ne suis pas fille à t'en faire mystère.

NÉRINE

J'en sais qui ne sont pas aussi franches que vous.

JULIE

Moi , j'aime et je le dis , l'amour en est plus doux. D'amantes et damants chaque pays abonde; Pourquoi rougir d'un feu qui brûle tout le monde?

NÉRINE

L'amour est en effet un puissant potentat. Le guerrier pétulant, le grave magistrat, Le doucereux abbé, le procureur avide, L'avocat babillard, et l'usurier perfide , Le vautour son confrère , et tous les animaux , Jeunes , vieux, doux, cruels , sur terre, dans les eaux, Tout est, bon gré, mal gré, soumis à son empire; Ainsi l'on peut aimer sans craindre de le dire.

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