ACTE II, SCENE VI. a8g
NÉRINE
Oui, j'en suis bien certaine.
M™* ARGANTE
Dis-moi, n'a-t-il point vu Julie, ou Célimène?
NÉRINE
Tout aussi peu.
M™ ARGANTE
Tant mieux. Je respire.
Gomment?
M™ ARGANTE
Je ne me sens pas d'aise et de ravissement.
NÉRINE
Et d'où vous vient, Madame, un tel excès de joie?
M" ARGANTE
Tu le sauras. Dorante.... Il faut que je le voie. J'achèverai bientôt ce que j'ai commencé.
NÉRINE
Quoi donc?
M** ARGANTE
Par un regard qu'hier il m'a lancé , J'ai vu qu'il me trouvoit encore assez aimable....
NÉRINE
Fi donc ! Vous vous moquez.
M"* ARGANTE
Rien n'est plus véritable.
J'ai de l'expérience.
NÉRINE
Oh ! je n'en doute point.
M"* ARGANTE
Et je ne prends jamais le change sur ce point, i. 19
ayo L'IRRÉSOLU.
Çà, Nérine, après tout, est-ce que je me flatte?
N'airje pas (tes attraits?
Mais d'ancienne date.
Nérine !
NKRÏNE.
Quant à moi, je ne sais point flatter, Et je ne suis point fille à vouloir vous gâter. Chaque chose a son temps. Il faut vous mettre en tête Que jamais, à votre âge, on n'a fait de conquête; Que cette gloire est due à des charmes naissants , Et non à des appas si loin de leur printemps. En vain vous disputez contre le baptistaire, Par vos ajustements , par le désir de plaire , Par le mélange adroit des plus vives couleurs, Par un ris attrayant, par de tendres langueurs , Et par tout ce qui peut , avec le plus d'adresse , Conserver la fraîcheur de l'aimable jeunesse. L'âge est un ennemi qui nous* trahit toujours. Jamais nous ne plaison&qu au printemps de nos jours ; C est alors que sied l'art de la minauderie. Sur l'arrière-saison , l'art de la prudecie Convient; et si le cœur se laisse encor blesser, On peut aimer sous cap , mais il faut financer.
m"* argante, Moi, financer, Nérine?