ACTE II, SCENE VIII. a
Sans la sincérité, qu'il faut toujours chercher, La plus rare beauté ne sauroit me toucher. Une femme sincère est un trésor si rare, Que dès qu'on la rencontre, il faut qu'on s'en empare. Et quel bonheur encor, quand l'esprit, la beauté, Mille agréments sont joints à la sincérité ! Tous ces charmes, Frontin, se trouvent dans Julie, Et le sort m'offre en elle une fille accomplie.
FRONTIN
Vous l'épouserez donc?
DORANTE
Oui, je vois que nos cœurs Sont....
FRONTIN
J'entends, vous allez épouser les deux sœurs.
Quel discours !
FRONTIN
Par ma foi, c'est la suite du vôtre.
NÉRINE
Les prendrez-vous ensemble, ou bien l'une après l'autre?
DORANTE
Je voudrois n'être aimé que de l'une des deux.
NÉRINE
Je vous l'avois bien dit, vous êtes trop heureux.
DORANTE
Le moyen de choisir ?
NÉRINE
Votre aventure est rare, Et la plainte e$t nouvelle autant qu'elle est bizarre.
Kj8 L'IRRÉSOLU.
Mais vous avez le don de charmer tous les cœurs,
Et vous ne savez pa6 encor tous vos malheurs.
Gomment donc?
xérihe.
Je connoîs une aimable pouponne Qui voudroit vous offrir au moins une couronne , Et qui, pour abréger les discours superflus, Veut payer votre cœur plus de cent mille écus.
FROHTIN.
Cent mille écus !
I9ERINF.
Comptant.
FRONTIIT.
La peste! quelle somme!
Vite, dis-nous comment cette belle se nomme. I Cent mille écus, Monsieur, en argent bien compté; Cela vaut la pudeur et la sincérité.
DORANTE
Tu railles.
NARINE
Non : l'amour, je crois, la rendra folle; On vient de me charger de vous porter parole.
FRONTIH.
Veut-elle épouser ?
NÉRIJTE.
Oui.
FRONTIN
Monsieur donne sa foi; Mais il faut cent louis de pot-de-vin pour moi.