‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 196 sur 357 · ACTE II, SCENE VIII. af · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VIII. af

NiRllTB.

Aussi, quand j'ai taché d'éelaircir mes soupçons , Si vous saviez combien elle a fait de façons ! Elle vouloit parler. Une honte secrète L'empéchoit tout à coup d'avouer sa défaite ; Elle s'cfforçoit même (admirez sa pudeur!) Jusques à se cacher le trouble de son cœur; Mais enfin son amour a trahi son adresse : Un mouvement jaloux m'a marqué sa tendresse.

DORANTE

Ah! que cette pudeur relève ses appas,

Et que j'aime h la voir dans un tel embarras !

Qu'un amant délicat, apprenant ses alarmes,

Ses troubles, ses combats, trouve en elle de charmes !

Quel trésor est un cœur qui n'a jamais aimé,

Et qui n'ose avouer que Famour l'a charmé !

Et qu'heureux est l'amant à qui le sort prépare

Les solides plaisirs d'un triomphe si rare !

Conçois-tu bien , Frontin , jusqu'où va mon bonheur ?

FROWTIir.

Oui, la pudeur, Monsieur; je suis pour la pudeur.

(àNérine.)

Et toi, ma chère enfant?

Ah! sage Célimène, D'un cœur irrésolu vous triomphez saris peine. Oui, vous avez déjà mon estime et mes veaux ; Vous m'aimez, et c'est vous qui me rendrez heureux.

Ainsi vous renoncez désormais à Julie ?

DORANTE

Il le faut bien , Nérine. Est-il une folie

Plus grande, que d'aimer qui ne nous aime pas ?

NÉRINE

Elle vous aime aussi.

frontin.

Bon ! nouvel embarras !

DORANTE

Je suis aimé , dis-tu , de Julie ?

NÉRINE

Oui, vraiment; Elle en a fait l'aveu tout naturellement : Même elle a souhaité que Ton pût vous l'apprendre, Et brûle de savoir ce qu'elle en doit attendre. Si vous voulez l'aimer, elle vous aimera; Si vous la méprisez, elle se guérira; Si vous êtes constant, elle sera fidèle ; J£t si vous souhaitez vous unir avec elle Par les nœuds de l'hymen, elle y borne ses vœux, Et sera très-heureuse en vous rendant heureux. x

FRONTIN

Eh bien , qu'en dites-vous ?

DORANTE, •pi** **oir rêvé.

Ce qu'il faut que j'en dise?

On ne peut trop aimer cette aimable franchise; Et dans ce libre aveu, dont je suis enchanté, Je vois l'excès charmant de sa sincérité : Je voulois être aimé d'une fille sincère, Je la trouve en Julie , elle a droit de me plaire.

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