ACTE II, SCENE X. 3oi
LÉ CHEVALIER
J'enrage.
rnoNTiN.
Vous voilà de bien mauvaise humeur.
Et qui n'y seroit pas ? Mon père en est la cause ; Il veut me gouverner.
FRONTIW.
Voyez la belle chose !
Un père qui veut mettre un fils à la raison ! U a perdu l'esprit.
LE CHEVALIER
Ài-je tort? dis-moi.
FRONTIW.
Non.
On devoit autrefois du respect à son père ; Mais à présent, Monsieur, oh ! c'est une autre affaire.
LE CHEVALIER
La vieillesse est toujours sujette à radoter; Cependant les- vieillards veulent nou&régenter : Mais je soutiens, morbleu, que c'est à la jeunesse De prétendre,' à bon droit, gouverner la vieillesse. L'esprit des jeunes gens est mâle et vigoureux, Et celui des vieillards froid, pesant, langoureux. Mais je vois d'où leur vient l'ennui qui nous tracasse; Ils enragent, morbleu, de nous quitter la place. Àb! bonjour donc, Dorante.
DORANTE, sortant de sa rêverie.
Ah! Chevalier, bonjour.
LE CHEVALIER
Je pense qu'à la fin te voilà de retour.
3oa L'IRRÉSOLU.
T avois-je déjà vu, depuis ton arrivée?
DORANTE
Non , et l'occasion ne s'en est pas trouvée.
LE CHEVALIER
Que je t'embrasse donc. Ma foi, je t'aime bien , Mon cher. Ton père est-il aussi fou que le mien? Parle donc.
DORANTE
Mon père est un vieillard vénérable, Pour qui j'aurai toujours un respect véritable.
LE CHEVALIER
Eh, fi! Tu parles là comme nos vieux Gaulois: Quitte ce sot langage , et parle-moi françois.
DORANTE
Je dis vrai.
LE CHEVALIER
Tu fais donc tout ce que tu veux faire ?
DORANTE
Oui; mais je fais aussi tout ce que veut nion père.
LE CHEVALIER
Le mien me contredit du matin jusqu'au soir , Et souvent, par ses cris, me met au désespoir : A mes moindres désirs il cherche des obstacles. J'aime le vin, le jeu, les femmes, les spectacles; Les spectacles , s'entend , pour j faire du bruit. J'aime à dormir le jour, puis à courir la nuit, A jurer, à médire, à ferrailler, à battre : Mon père, sur cela, me fait le diable à quatre, Et ne peut concevoir que c'est là mon emploi , Et que nos jeunes gens sont tous faits comme moi.