ACTE III, SCENE III. 3ig
Vous savez bien pour vous tout ce que je veux faire?
DORANTE
Ah ! ce n'est point par là que je vous considère.
FRONTIN
Non. Il admire en vous une mûre beauté , Un charmant embonpoint rempli de majesté; Car il ne peut souffrir les tailles délicates.
M"* ARGANTE, à Frontin.
Tu ne croirois jamais à quel point tu me flattes.
( à Dorante. )
Çà, faites-moi l'aveu de tous vos sentiments; Seconder mes soupirs par des transports charmants : Dites que ma beauté vous charme et vous enflamme ; Dites que moft porttait est gravé dans votre âme; Et que si notre hymen ne se fait dans ce jour , Vous aller expirer de tristesse et d'amour.
DORANTE
( bas à Frontin. )
J'allois vous proposer.... Ah! Frontin, qu'elle est folle!
M*16 ARGANTE
Que dit-il?
FRONTIN
Que l'amour lui coupe la parole.
M"* ARGANTE
C'est l'ordinaire effet des grandes passions. * Mais vos tendres regards ont des expressions,,.. De grâce , finissez un si charmant langage , Je n y puis plus tenir. A quand le mariage?
DORANTE
Eh mais !... Quand vous voudrez; dès demain; que sait-on?
3*o L'IRRÉSOLU.
NARINE
Quoi, Monsieur, 'vous voulez l'épouser tout de bon?
FRONTIN
C'est son dessein , Nérine , et l'affaire est conclue»
NÉRINE
Puisque votre union est si bien résolue i Souffrez que la première, en ce même moment, Je vous fasse à tous deux mon humble compliment.
(à madame Àrgante. )
Je m'en vais informer Célimène et Julie , Qu'à Monsieur, dès ce jour , un doux hymen vous lie. Puissiez-vous vivre ensemble aussi tranquillement Qu'on le doit espérer d'un tel assortiment; Puissiez-vous à Dorante inspirer la tendresse ; Puisse Dorante en vous trouver de la jeunesse; Et, pour rendre le trait encor plus singulier, Puissiez-vous à Monsieur donner un héritier.
( Elle s'en te en riant. ) FRONTIN.
La friponne !