ACTE IV, SCENE VII
L'adorable Julie a sur moi trop d'empire ; Je le dis devant elle, et j'ose vous le dire , Dût un si tendre amour redoubler sa fierté, Et blesser votre esprit déjà trop irrité. Je vois mon ridicule, en me blâmant moi-même, De retourner si tôt au seul objet que j'aime, Après avoir osé , par un coupable éclat , Tenter contre l'amour un indigne attentat. Je vous ai fait outrage ; excusez la foiblesse Qui me fait, malgré moi, délibérer sans cesse, Et qui , m'offrant toujours un nouveau sentiment , Dès mes plus jeunes ans fut mon cruel tourment. J'en triomphe à la fin : je la hais , la déteste. Si vous me pardonnez, je promets, je proteste, \ Je jure que jamais je ne balancerai ; ;
Que par mon seul penchant je me gouvernerai , Qu'un premier mouvement sera ma loi suprême , Et que je m'y tiendrai contre la raison même. Comptez donc pour toujours que Julie a mon cœur, Qu'il borne tous ses vœux à s'en voir possesseur : Je vous la redemande avec toute l'instance Qui peut de mon amour prouver la violence. Si je ne puis fléchir votre injuste courroux , Il faut qu'en cet instant j'expire à vos genoux.
Mae ARGAKTE, le relevant.
Le petit scélérat!
DORANTE
Si l'on commet un crime En ne sentant pour vous qu'une parfaite estime , J'avoue, en rougissant, que je suis criminel.
NÉRINE
L'aveu n'est pas flatteur, mais il est naturel.
M^ARGANTE
Tenez , quoiqu'il m'ait dit une sottise en face , Il joint à ses discours tant de feu , tant de grâce, Que le dépit ne peut contre lui m'animer.
(à Dorante.)
À la fin vous serez obligé de m'ai mer; Ne le sentez-vous pas ?
DORANTE
Gela m'est impossible.
Si, suivant ma raison, je devenois sensible, J'ose vous assurer que vous seriez mon choix : Mais cet objet charmant me retient sous ses lois.
M,ue ARGANTE, a Julie.
Coquine !
DORANTE, lui baisant la main.
Il faut qu'enfin vous m'accordiez Julie, Ou le moindre délai peut me coûter la vie. Laissez-vous attendrir.
Mwc ARGANTE, pouasant un long soupir.
Ah , barbare ! pourquoi Tout ce que tu dis là n'est-il pas dit pour moi?
N'allez pas m'imputer,...
M"0 ARGAWTE.
Taisez-vous, insolente!
Gardez vous pour jamais de penser à Dorante.
JULIE
Eh ! que ferai -je donc ?