ACTE IV, SCENE VIII. 55g
Mme ARGENTE.
Approuvez ines desseins, et vous m'en convaincrez.
LE CHEVALIER
Vos desseins sont très-bons, mais très-impraticables. Voulez-vous gouverner des cœurs ingouvernables ?
M"* ARGANTE
Mes filles sont à moi.
LE CHEVALIER
Sans contestation; Mais non jusqu'à régler leur inclination. Comment voudriez-vous forcer celle d'un autre , Quand vous ne pouvez pas triompher de la vôtre !
Mm* ARGANTE.
Suis-je pas la maîtresse ?
LE CHEVALIER
Eh! oui, de vos ducats; Mais maîtresse des cœurs? Ne le présumez pas. Ce sont des libertins , ils suivent leur caprice.
Mm- ARGANTE.
Et je veux m'en venger.
LE CHEVALIER
Çà , rendons-nous justice.
Dorante , jeune , riche , aimable au par-dessus , Vous épousera-t-il ? Ne vous en flattez plus.
Mme ARGANTE.
Et pourquoi vient-il donc m'en donner l'assurance ? Me le proposer même?
LE CHEVALIER
Oh ! pourquoi ?
36e L'IRRÉSOLU.
Mm€ ARGANTE.
Oui.
LE CHEVALIER
Je pense Qu'il vous Ta fait connoître amplement m"* a rgante.
Et par où?
LE CHEVALIER
Par où ? Voici ie fait. Le pauvre diable est fou.
Mme ARGANTE.
Vous Têtes donc aussi. Renoncer à Julie Pour vouloir m'épouser, c'est la même folie.
LE CHEVALIER
Distinguons , s'il vous plaît Je suis gueux et cadet ; Une mère fort riche est justement mon fait.
Mmc ARGANTE.
Oui , vous armez mon bien, et non pas ma personne.
J'adore l'un et l'autre, adorable pouponne.
Vos traits et votre argent , votre argent et vos traits,
Ont par leur union d'invincibles attraits.
Mm* ARGANTE.
Mais Julie a du bien.
LE CHEVALIER
Pas tant que vous, ma reine.
Vos billets au porteur sont d'un poids qui m'entraîne , Et me fait succomber : mes belles qualités Vous entraînent aussi : l'un par l'autre emportés, Moi , tantôt le plus fort , vous , tantôt la plus forte , Nous nous laissons aller au poids qui nous emporte;