ACTE IV, SCENE VIII. 36i
Et par ce mutuel et doux emportement, Nous nous trouvons liés indissolublement.
M"* argante.
Indissolublement! L'expression est belle.
LE CHEVALIER
Oui.
M8* ARGANTE
Mais à mon oreille elle est un peu nouvelle.
Je le crois bien, ma foi. Je viens de l'inventer
Exprès pour vous surprendre, et pour vous enchanter.
M" ARfiANTE.
Vous y réussissez.
LE CHEVALIER
Tout de bon, ma princesse, Je veux être pour vous un héros de tendresse. Vous me rendrez plus fou qu'un vieillard amoureux , Et nous nous piquerons d'extravaguer tous deux ; Nous nous aimerons même après le mariage.
M"* ARGANTE
Vous promettez beaucoup.
LE CHEVALIER
Je tiendrai davantage.
M8* ARGANTE
Qui m'en sera garant?
LE CHEVALIER
Ma vive passion.
M"* ARGANTE
Nos âges ont un peu de disproportion.
36a L'IRRÉSOLU.
Bon ! trente ans plus ou moins, c'est une bagatelle.
Mme ARGANTE.
Mais enfin, je commence à n'être plus si belle , Du moins, à ce qu'on dit.
LE CHEVALIER
Qui le dit a menti :
Vous avez mille appas; c'est un (ait garanti Par mes yeux, par mon. cœur. Malheur au téméraire , Au fat qui m'osera soutenir le contraire !
(mettant la main sur la garde de son épée.)
Ceci vous défendra contre le monde entier, Et de votre beauté je suis le chevalier.
M™* ARGANTE
Je n'y puis plus tenir, vous m'allez rendre folle.
LE CHEVALIER
Et vous, vous m'enchantez; vous êtes mon idole. Vous me verrez toujoU».... Donnez-moi cette main.
( Il lui baise la main. ) Quand nous marîrons-nous ?
M™8 ARGANTE
Peut-être dès demain.
LE CHEVALIER
Dorante en même temps épousera Julie.
M"" ARGANTE, vivement.
Ah ! ne m'en parlez point
Àuriez-vous la folie De balancer encore entre Dorante et moi ?