‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 256 sur 357 · ACTE V, SCENE XL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE XL

FRONTIN

Je vais graisser mes bottes; Et bientôt, affrontant vent, neige, pluie et crottes, Nous courons à la gloire en dépit de l'amour.

NARINE

Comment! vous nous laissez?

FRONTIN

Adieu , jusqu'au retour.

Que Julie, après tout, ne soit point inquiète : Nous pourrons l'épouser quand la paix sera faite.

JSÉK1NX.

Quoi! dans le même instant qu'on vient de s'accorder!...

FRONTIN

Quand nous nous iftarîrons , nous voulons résider, Et pour cause. Épouser, partir dans la semaine , C'est, pour peu de plaisir, prendre bien de la peine.

RÉRIITE.

Pourquoi donc tant presser, tant prier?

FRONTIlf.

En effet!

Mais , quand on aime trop , oA ne sait ce qu'on fait; On suit sa passion; la raison vient, tracasse, Et d'un cœur tout en feu fait un cœur tout de glace.

NJ£RINE.

C'est-à-dire, Frontin, que Dorante est jaloux, Et n'ose , en s'éloignant, se confier à nous?

FRONTIlf.

Oui. Tu te mets au fait. Julie est belle et vive , On la laisse exposée à quelque tentative ;

Et, comme sur l'honneur nous ne badinons point, Nous craignons de nous voir quelque jour un adjoint.

NÉRINE

Un adjoint! Qu'est cela?

FROJfrTIN.

Ce mot n'est pas moderne :

Un adjoint, c'est, ma chère, un mari subalterne; C'est un vice-gérant, un blondin favori, Qui prend, en tapinois, la place du mari.

Eh , fi ! craint-on cela quand on aime une fille?

FfeONTIIf.

Peste ! il dit que chez lui c'est un mal de famille.

NÉBJPfE.

Le bon homme , à coup sûr, sera bien affligé. Ne sachant point encor que son fils a. changé, Plein de joie, il stipule avec notre notaire, Lorsque Dorante songe à rompre cette affaire. Je m'en lave les mains, et n'en veux plus parler. Il brouille la fusée , il peut la démêler. C'est un homme incertain , dont la tête est fêlée. Allez tous deux au diable, et j'en suis consolée.

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