ACTE I, SCENE IV. 4r
MARIANNE
J'écoute.
LISETTE
Je pense que Damon....
MARIANNE
Tu penses sagement ; Lui seul peut réparer la perte d'un amant ; Il a beaucoup d'esprit et beaucoup de mérite.
Mais ce n'est point pour lui que je vous sollicite ; \ Richesource vaut mieux, il faut dorénavant.... '
MARIANNE
Ah ! ne m'en parle point. J
LISETTE
Vous irez au couvent.
MARIANNE
Mais....
LISETTE
Pour vous y forcer j'ai plus d'une ressource.
MARIANNE
Comment ! j'épouserois monsieur de Richesource ? I
LISETTE
Pourquoi non , s'il vous plaît ?
MARIANNE
Tu me conseilles mal.
LISETTE
Je conviens qu'il n'est point d'homme plus animal. Il a l'esprit borné : mais il est franc , sincère, Bon ami , généreux , fait à ne point déplaire : Il est puissamment riche , et s'est mis dans l'esprit Que, pour égaler tout, ce mérite suffit.
4i4 LE MÉDISANT.
Yingt flatteurs affamés, qu'il nourrit, qu'il habille, Lui font croire qu'il sort d'une illustre famille : Hais, au fond , ce défaut n'est point essentiel; U est noble en idée , et son bien est réel.
MARIANNE
Moi , femme d'un bourgeois! La chose est odieuse.
LISETTE
Ce bourgeois anobli vous rendra trop heureuse. Les titres de Damon vous feraient plus d'honneur: Mais j'aime mieux l'argent du moderne seigneur. Chez l'un on sera fier d'une illustre naissance, Chez l'autre on brillera par la magnificence; Grand train , riche équipage , habits toujours nouveaux, Belles maisons, gros jeu*, bonne chère, cadeaux; Et vous éprouverez, dans le siècle où nous sommes, Que les riches bourgeois sont les bons gentilshommes*
MARIANNE
Non , je n'aurai jamais des sentiments si bas : ( D'un seigneur indigent je fais bien plus de cas , ' Que d'un gueux enrichi des misères publiques.
LISETTE
Vous donnez donc aussi dans les traits satiriques? Je ne m'étonne pas si Damon vous plaît tant ; Car jamais on n'a vu d'homme si médisant. Tout le monde le fuit, le craint et le déteste, Et son humeur pourra lui devenir funeste. Avoir un tel mari , c'est un sort bien fatal.
MARIANNE
Je vous défends tout net de m'en dire du mal,