ACTE I, SCENE IV. 4u
La physionomie est , ma foi , bien trompeuse, i J'ai cru que vous brûliez d'être religieuse ; I J'en aurois juré , même ; et...
MARIANNE
Que tu juges mal!
LISETTE
Tout de bon?
MARIANNE
Ton arrêt va m'être bien fatal !
LISETTE
Qu'est devenu le temps où la seule retraite Pouvoit , me disiez-vous , vous rendre satisfaite ?
MARIANNE
Ah ! par le dépit seul ce dessein fut dicté.
LISETTE
On vous avoit donc fait quelque infidélité?
MARIANNE
Tu te souviens du temps où je fus en Bretagne? Lorsque j'y demeurai six mois à la campagne , ] \
Il venoit chez ma tante un jeune homme bien fait, Riche , noble.
LISETTE
Il vous plut?
MARIANNE
U me plut en effet. Et bientôt il connut ma passion naissante. Comme il m'aima de même , il le dit à ma tante , Et la pressa si fort de nous unir tous deux , Qu'elle fut disposée à seconder nos vœux.
4ia LE MÉDISANT.
On en parla d'abord au père de Léandre ,
( Gest le nom du jeune homme); et, bien loin de se rendre,
Ayant d'autres desseins , il emmena son fils.
LISETTE
Le brutal !
MARIANNE
Et jamais je ne l'ai vu depuis.
LISETTE
Vous vouliez an couvent pleurer votre disgrâce ; Mais comme avec le temps cette douleur se passe, Pour mieux vous consoler d'un amant si chéri , Vous croyez qu'il vous faut le secours d'un mari; N'est-ce pas ?
MARIANNE
Je conviens de tout ce que tu penses.
LISETTE
Oh ! j'ai sur tout cela de grandes connoissances.
f | Et tu veux qu'un couvent?....
' LISETTE
Pour sonder votre cœur, J'ai voulu tout du long vous en faire la peur ; Mais j'ai très-bien jugé , dès votre plus jeune âge,
IQue vous aviez les yeux tournés au mariage : Et je l'ai si bien dit , que , par cette raison , On pense à vous donner Richesource ou Damon.
MARIANNE
/ Ma mère est pour Damon , je n'en fais aucun doute.
LISETTE
U est vrai ; mais , Madame , écoutez-moi.