ACTE II, SCENE VIL 44i
DAMON
C'est elle qui le rend d'une humeur si sauvage. Le public en médit , et se trompe fort peu.
LISETTE
Une tante, je crois, peut aimer son neveu.
DAMON
Je n'en disconviens pas; mais oh dit que Valère A des conditions sera son légataire , Et que la vieille prude, âpre à ses intérêts, A mis dans le traité des articles secrets.
LISETTE
A tourner tout en mal votre esprit se fatigue.
DAMON
Point On dit que c'est toi qui conduis cette intrigue;
Valère m'en a fait mystère jusqu'ici :
Mais par toi , mon enfant , je veux être éclairci.
Pour qui me prenez-vous?
DAMON
Pour une fille adroite A mener prudemment une affaire secrète..
LISETTE
Et que n'ajoutez-vous, pour orner ce discours, Que Marianne , en moi , trouve de bons secours ? Qui médit d'un ami , peut dauber sa maîtresse.
DAMON
Non : je me sens pour elle une vive tendresse; Et sitôt qu'une belle est l'objet de nos vœux, Tous les défauts qu'elle a ne blessent point nos yeux :
On les excuse , au moins ; mais , Lisette , à vrai dire ,
Si je puis l'épouser, comme je le désire,
Vous vous séparerez. Tu me rendrois jaloux.
LISETTE
Vous qui me menacez, prenez bien garde à vous.
DAMOK.
Ah! je ne te crains plus.
Mon Dieu! laissez-moi faire.
DAMOK.
IVa , j'ai dans mon parti Marianne et sa mère ; Valère me seconde : ainsi je ne crains point Que tu puisses jamais me nuire sur ce point.
LISETTE, regardant Léandre.
Hqm! je vois pour vos vœux tin dangereux obstacle; On peut vous supplanter sans faire un grand miracle.
LUANDA*.
Marianne, il est vrai, vous a donné son cœur; Mais un autre prétend à ce même bonheur : Et quoiqu'il voie ici que le votre s'apprête , Il vous disputera cette aimable conquête.
DAMON
« Gomment, le beau garçon! vous m'en voulez aussi? ' Est-ce pour un rival que vous êtes ici ?
LÉANDRE
f Oui , c'est pour un rival , mais un rival à craindre.
LISETTE
C'est de quoi nous parlions , puisqu'il ne faut plus feindre. Nous allons , contre vous, faire un commun effort , Et c'est sur ce sujet que nous sommes d'accord.