ACTE I, SCENE l
Et voilà le sujet qui cause son chagrin.
DAMON
Tout ce que tu disois étoit trop véritable. Julie avoit surpris. . . .
CRISPIN
Morbleu ! qu'elle est aimable !
Sa suivante Nérine est bien aimable aussi. Mais pourquoi, s'il vous plaît , revenons-nous ici ? Ayant fait tant d'efforts pour votre ami Léandre , Jusques après la noce , il vous falloit attendre.
DAMON
La noce est différée encor de quelques jours, Et je sens que mes feux vont reprendre leur cours. Je ne puis t'exprimer jusqu'où va ma surprise : Léandre m'a mandé de venir sans remise. Nos amants sont brouillés , il n'en faut point douter; Si j'en crois ma foiblesse , il en faut profiter. Mais,* Crispin, je perdrois plutôt cent fois la vie, Que de faire à Léandre aucune perfidie.
CRISPIN
Bon! mourir, quand on a si long-temps combattu! Oh ! pour moi , je sens bien que j'ai moins de vertu. Nérine m'a donné vivement dans la vue ; Sitôt que je la vois, je me sens l'âme émue; Je ne m'en cache point. Lolive est mon ami : Mais le diable, Monsieur, n'est jamais endormi ; Et si Nérine veut, ma foi, quoi qu'il arrive, Malgré notre amitié , je supplante Lolive.
DAMON
Pour ton compte , Crispin , fais ce que tu voudras :
Mais de tels procédés ne me conviennent pas. Pour m'éclaircir de tout, je vais chercher Léandre : Tu peux m'attendre ici, je viendrai te reprendre. .