ACTE IV, SCENE IL
Nous nous mesurerons. Il va voir aujourd'hui Que je suis par le cœur aussi noble que lui.
liANDRE.
Quel est votre dessein?
RICHESOURCE.
Mon dessein? De me battre, Un contre un , deux à deux , ou quatre contre quatre , Comme il voudra. Je dois réparer mon honneur, Et rabaisser l'orgueil de ce petit seigneur. Vois-tu bien cette épée ?
LÉ ANDRE
Ah ! quelle énorme brette !
RICHESOURCE.
Je l'atteindrai de loin , ce mignon de toilette :. Dès qu'il verra cette arme il parlera plus bas ; Je t'en réponds.
LEANDRI.
Ma foi , ne vous y fiez pas.
Damon a du courage, et la plus longue épée N'est rien , si par le cœur elle n'est secondée.
RICHESOURCE.
Du cœur! en manque-t-on lorsque Ton est marquis?
LÉANDRE
Quelquefois.
RICHESOURCE.
Je suis donc un lâche , à ton avis ?
Non. Mais il faut un peu vous consulter vous-même.
RICHESOURCE.
Sur quoi ?
486 LE MEDISANT,
LÉA.NDRE.
Vous sentez-vous une valeur extrême?
L'avez-vous éprouvée en quelque occasion?
RIC.HESOURCE.
Bon ! je me suis battu vingt fois comme un lion.
LEANDRE
Quoi! l'épée à la main?
R1CHESOURCE.
Non; mais je te proteste....
LÉANDRE
Ah ! c'est au pistolet.
RICHESOURCE.
Au pistolet ! la peste !
Je crains trop l'arme à feu. J'ai fait vingt fois assaut Contre mon maître d'arme et contre son prévôt ; Je sais pousser de tierce, et de quarte, et de quinte.
L É A N DRE , mettant l'épée à la main.
Oui. Mais cet objet-ci donne bien plus de crainte. Quand Damon en fureur s'avancera sur vous;
( Il loi allonge une botte , et Richesource fait. )
Ha, ha!
RICHESOURCE.
Oh ! j'ai déjà perdu tout mon courroux. A te dire le vrai , cette pointe me choque ; Je sens , à son aspect, ma valeur équivoque': Qui voudra se signale en ces nobles combats ; Mais quand la pointe en est je ne m'y frotte pas.
LÉANDRE
N'allez donc point vous battre.