ACTE IV, SCENE II
RICHESOURCE.
Ah ! morbleu , c est dommage, Car, un fleuret en main, je me sens du courage. Mais toi , tu me parois un fort brave garçon : Tu pourrois më venger. I
L^ANDRE
Et de quelle façon , Monsieur ?
RICHESOURCE.
J'ai mon cousin , le comte de Bienville , \ Qui, dans peu, de province arrive en cette ville; 1 Sa personne, à coup sûr, n'est point connue ici. T'y connoît-on ?
LiAITDRE.
Moi? point. Quel sujet?...
RICHESOURCE.
Le voici.
Si tu veux du cousin faire le personnage , Et t'offrir , sous son nom , dans un riche équipage , Tu pourras , à coup sûr, m'être d'un grand secours : J'irai dire au Baron que , depuis quelques jours, {Mon cousin est ici ; et qu'ayant vu sa fille , Il brûle, autant que moi, d'entrer dans sa famille; Que ma seule poursuite arrêtoit son dessein ; Mais que , Gpmme je vois que je m'empresse en vain , Que pour moi Marianne a de la répugnance , Que d'ailleurs mon cousin est de haute naissance , Riche , bien fait , j'ai pris la résolution De lui céder ma place et ma prétention.
LÉANDRE
Qu'en résultera-t-il ?
RICHESOURCE.
Le Baron est facile ; Ê appuîra d'abord le comte de Bienville. Tu paroîtras. Damon , enragé contre toi , Prétendra te traiter comme il m'a traité , moi : C'est alors qu'il faudra signaler ta vaillance , Le rosser comme un diable , et hâter ma vengeance.
9 LJÉANDRE.
Ce projet me paroît assez bien inventé.
RICHESOURCE.
Il ne tiendra qu'à toi qu'il soit exécuté.
LÉANDRE
J'y consens volontiers.
RICHESOURCE.
Que ma joie est extrême!
LÉANDRE
Vous servir en ceci , c'est me servir moi-même. \
RICHESOURCE.
Pourquoi ?
j LÉANORE.
Vous en saurez quelque jour la raison, f Je vais me préparer. Allez voir le Baron ; Il faut, tout au plus tôt, entamer cette affaire. Vantez bien le cousin.
RICHESOURCE.
C'est ce que je vais faire.