‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 46 sur 357 · ACTE III, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V

Quand même mon rival ne & en offense pas ? Du beau feu que je sens, qu'avez-vous lieu de craindre? Laissez-le s'exhaler, le temps pourra l'éteindre. Votre ami connoît trop votre cœur et le mien , Et nous estime trop pour s'alarmer de rien.

JULIE

Damon , avec grand art votre bouche s'exprime.

Je veux bien ne plus voir votre amour comme un crime :

Mais....

VÉRINE

Sur ce pied , Madame , il n'a pas si grand tort Que vous et moi l'avions imaginé d'abord.

CRISPIN

Ni moi. Mal à propos , en faveur de Lolive , Ta main sur mon visage a pris l'affirmative.

-JULIE

Hais comme enfin l'amour peut se nourrir d'espoir, Il faut, pour l'étouffer, renoncer à me voir.

damon.

Renoncer à vous voir ! Moi , divine Julie ! Commandez que plutôt je renonce à la vie.

JULIE

Hé bien ! vous me verrez , mais à condition Que si jamais un mot, si là moindre action, Un soupir, un regard , un geste vous échappe , Si trop d'empressement , si trop de soin me frappe...,

DÀMON.

Ah ciel ! quelle contrainte exigez* vous de moi !

JUL|E

De ce que je vous dis, faites-vous une loi ;

06 LE CURIEUX IMPERTINENT. Il faut me le promettre, et me tenir parole.

CRISPIN, àNérine.

Me veux-tu faire aussi jouer le même rôle?

JULIE

Et si vous y manquez , vous pouvez désormais De ma plus forte haine être sûr pour jamais.

DAMON

Il faut vous obéir pour ne pas vous déplaire, Et mourir de douleur, si je ne puis me taire.

( Il la reconduit. ) CRISPIN.

Mais, Nérine, pour moi qui suis grand babillard, Si je me tais long-temps, ce sera grand hasard: Ne pourrois-je parfois, afin qu'il t'en souvienne, Te dire que je t'aime ?

Oh ! ce n est pas la peine.

Le diable, qutind quelqu'un nous a parlé d'amour, Nous en fait souvenir plus de cent fois par jour.

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