ACTE III, SCENE V
Quand même mon rival ne & en offense pas ? Du beau feu que je sens, qu'avez-vous lieu de craindre? Laissez-le s'exhaler, le temps pourra l'éteindre. Votre ami connoît trop votre cœur et le mien , Et nous estime trop pour s'alarmer de rien.
JULIE
Damon , avec grand art votre bouche s'exprime.
Je veux bien ne plus voir votre amour comme un crime :
Mais....
VÉRINE
Sur ce pied , Madame , il n'a pas si grand tort Que vous et moi l'avions imaginé d'abord.
CRISPIN
Ni moi. Mal à propos , en faveur de Lolive , Ta main sur mon visage a pris l'affirmative.
-JULIE
Hais comme enfin l'amour peut se nourrir d'espoir, Il faut, pour l'étouffer, renoncer à me voir.
damon.
Renoncer à vous voir ! Moi , divine Julie ! Commandez que plutôt je renonce à la vie.
JULIE
Hé bien ! vous me verrez , mais à condition Que si jamais un mot, si là moindre action, Un soupir, un regard , un geste vous échappe , Si trop d'empressement , si trop de soin me frappe...,
DÀMON.
Ah ciel ! quelle contrainte exigez* vous de moi !
JUL|E
De ce que je vous dis, faites-vous une loi ;
06 LE CURIEUX IMPERTINENT. Il faut me le promettre, et me tenir parole.
CRISPIN, àNérine.
Me veux-tu faire aussi jouer le même rôle?
JULIE
Et si vous y manquez , vous pouvez désormais De ma plus forte haine être sûr pour jamais.
DAMON
Il faut vous obéir pour ne pas vous déplaire, Et mourir de douleur, si je ne puis me taire.
( Il la reconduit. ) CRISPIN.
Mais, Nérine, pour moi qui suis grand babillard, Si je me tais long-temps, ce sera grand hasard: Ne pourrois-je parfois, afin qu'il t'en souvienne, Te dire que je t'aime ?
Oh ! ce n est pas la peine.
Le diable, qutind quelqu'un nous a parlé d'amour, Nous en fait souvenir plus de cent fois par jour.