‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 8 sur 357 · ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V

JULIE

De semblables discours choquent la bienséance , Nérine; songe au moins que ton impatience Fait tort à notre sexe, et blesse la pudeur.

NÉRINE

Chansons ! depuis long-temps je suis fille d'honneur, Et je comprends fort bien , qu'en fait de mariage La plus impatiente est toujours la plus sage. Mais ne contestons plus : dites-moi seulement Ce qui porte Léandre à ce retardement.

JULIE

Tu Taurois pénétré , si tu pouvois comprendre Jusqu'où va , pour Damon , l'amitié de Léandre. U m'a donc conjurée , au nom de notre amour , D'attendre que Damon fût ici de retour , Afin que cet ami , dont les soins et le zèle Ménagèrent, dit-il, une union si belle, Reçût de lui , de moi , ces marques d'amitié.

NÉRINE

Ce sont là ses raisons?

NÉRINE

Cela fait pitié.

Peut-on se contenter d'un prétexte si fade? Je crois que le pauvre homme a le cerveau malade ; Oui, depuis quelques jours je vois ses yeux hagards, Le trouble est répandu dans ses brusques regards : U rêve incessamment, il est quinteux, bizarre; Yous voit-il , son esprit s'inquiète et s'égare ;

ia LE CURIEUX IMPERTINENT.

Il bégaye en parlant , il est sombre et distrait. Ne se repeat-il point du marché qu'il a fait?

JULIE

Me préserve le ciel d'avoir cette pensée!

NERINE.

De ses sottes raisons je suis bien offensée.

JULIE

Cesse de le blâmer, et calme tes esprits : Tu vois que Damon vient d'arriver à Paris.

NÉRINE

Il ne me faut donc plus, pour me tirer de peine , Que voir aussi Lolive arriver de Touraine.

JULIE

Il ne peut pas tarder.

NÉRIBE.

• Non , depuis quinze jours Qu'il est parti d'ici pour s'en aller à Tours. . . .

JULIE

Crois qu'il sera dans peu de retour.

NÉRINE

Je respire.

Mais encor , s'il vous plaît , j'ai deux mots à vous dire. Quand Léandre sera devenu votre époux, Nous emmenera-t-il en province ? Entre nous , J'aimerois beaucoup mieux demeurer toujours fille, Que de quitter Paris ; et si votre famille M'en croyoit . . .

JULIE

Sur ce point tu peux te rassurer, Car Léandre à Paris doit toujours demeurer ;

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