‹ Œuvres dramatiques de N. DestouchesChapitre 89 sur 357 · ACTE I, SCENE I. iai · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I. iai

GÉROÏÏTE.

Oui, morbleu ! j'ai quelque autre raison, Que tout homme d'honneur ne sauroit contredire, Et j'ai honte pour vous qu'il vous en faille instruire. Ayez-vous oublié que je dois tout mon bien Au père de Damis? Et comptez-vous pour rien Les bontés qu'eut pour moi cet ami plein de zèle, Lorsque l'éclat fâcheux d'une affaire cruelle Obligea notre père à sortir de Paris ? Son bien fut confisqué. Le père de Damis , Touché de nos malheurs , sensible à ma misère , Me prit dans sa maison, et me tint lieu de père. Ses parents, ses amis, et ses soins assidus, Obtinrent que nos biens nous fussent tous rendus; U me sauve, en un mot, d'un si cruel orage. Au bout de quatorze ans, lui-même fait naufrage; Il prête à des amis, il se rend caution , Et, par d'autres malheurs, il perd un million. Un bien près de Nevers est le seul qui lui reste ; U s'y retire enfin après ce coup funeste : Il languit quelque temps dans ce triste séjour ; U meurt, et laisse un fils. Par un juste retour Je l'attire céans; et, malgré ma famille, Je prétends qu'au plus tôt il épouse ma fille. Je sais bien , comme vous , qu'il est pauvre ; mais quoi ! Les bienfaits que son père a répandus sur moi Ne sont-ils d'aucun prix ? C'est un riche héritage Que Damis à ma fille apporte en mariage.

ARISTE

Aidez-le, j'y consens ; mais ne le pouvez-vous

ia» L'INGRAT.

Sans que de votre fille il devienne l'époux? Déjà depuis long-temps Gléon aime Isabelle ; Et, po«r dîne eocor plus , peut-titre l'aime»-t-elle. Cléon, en l'épousant, vous ferait grand honneur. Sa naissance et son rang....

GÉRONTE

Je suis son serviteur.

Je veux être toujours maître dans ma famille; Il croiroit faire grâce en épousant ma fille. Puis, maître de mon bien qu'il souhaite d'avoir * Il ne daigneroit plus s'abaisser à me voir; Et ma fille , par lui haïe et méprisée , A mille déplaisirs se verroît exposée.

Dès qu'elle se plaindroit : Allez , lui diroit-on , C'est bien assez pour vous de porter un grand nom; Vous n'êtes que bourgeoise : entendez-vous , ma mie ? Morbleu ! je souffrirais une telle infemie ! Je me dépouillerais pour avoir des mépris ! Non , non , je ne veux point de grandeur à ce prix. J'ai du bien ; mais enfin je n'ai poiirt la foibiesse De vouloir voir ma fille ou marquise ou duchesse; Il en coûte trop cher. Plus d'un riche bourgeois, Ayant fait ce faux pas, s'en est mordu les doigts.

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