‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 118 sur 637 · SCÈNE XIL · texte numérisé non relu

SCÈNE XIL

FIESQUE, C.4.LCAGN0, SACCO, CEMURIONE, CIBO, Soldais avec leurs drapeaux et de la musique.

FiESQut:, allant au-devant de la marche triomphale.

Génois ! le sort en est jeté ! Ici est tombé le serpent qui rongeait mon âme, l'horrible objet de ma haine... Gianettino! — Élevez vos armes.

CALCAGNO

Et je viens vous dire que les deux tiers de Gènes embrassent votre parti et se rangent sous l'étendard de Fiesque.

ciuo.

Et moi je suis envoyé parVerrina, qui, du vaisseau amiral, vous envoie son salut et l'empire sur le port et la mer.

CENTURIONE

Et moi, par le gouverneur de la ville, qui vous envoie son bâton de commandement et les clefs. SACco, un genou en terre.

Et, en ma personne, le grand et le petit conseil de la république se prosternent deyant leur seigneur. Ils demandent, à vos pieds, faveur et pardon.

Que je sois le premier à féliciter le vainqueur au milieu de sa ville. — Salut à vous! — Baissez les étendards. — A vous, doge de Gênes ! TOUS, ûtant leur chapeau.

Salut, salut, au doge de Gênes!

Fiesque, pendant tout ce temps, est resté dans une att tude pensive, la tête penchée sur sa poitrine.

CALCAGXO.

Le peuple et le sénat attendent le moment saluer leur noble souverain revêtu des ornemeni royaux. Permettez-nous, sérénissime doge, de vous conduire en triomphe à la seigneurie.

FIESQUE

Permettez d'abord que j'obéisse à mon cœur. J'ai laissé dans des angoisses déchirantes une persoiuie bien chère, une personne'qui doit partager avec moi la gloire de cette nuit. [D'un ton ému.] Soyez assez bons pour m'accompagner vers votre auguste et aimable duchesse.

II veut sortir.

CALCAG.VO.

Devrait-on laisser ici le corps de cet infâme a^ sassin, dérober sa honte ei: un coin obscur? ce.ntuiuom;.

Place sa tète sur une hallebarde!

Cl 110.

Que son corps déchiré soit traîné sur le pav< On approche du corps avec des flambeaux.

LA CONJURATION DE FIESQUE

CALCAGNO, épouvanté et à demi-voix.

Uegardez-le, Gdncis... Par le ciel ! ce n'est point i' visage de Gianettino.

Tous demeurent muets, regardant le cadavre. ■ lEsouE reste immobile, jette unregard détourné, puis détourne lentement ses yeux qui deviennent fixes ; son expression est convulsive. Non, par l'enfer! ce n'est point là le visage de (iianettino. Malice des démons! {Il promène ses regards autour de lui.) Gênes est à moi, ditesvous?... à moi?... {Il pousse d'horribles cris de rige.) Illusion de l'enfer! c'est ma femme! {Il imbe comme frappé de la foudre. Les Conjurés restent dans un silence morne et profond. Fiesnue se relève à demi, et reprend d'une voix feinte.) Aurais-je tué ma femme, Génois? — Je ,tius en conjure, ne contemplez pas ce jeu de la nature avec des visages pâles comme des fantômes ! — Dieu soit loué ! Il y a des coups du sort que l'homme ne peut craindre ! et cela parce qu'il est seulement un homme. Les joies du ciel lui sont refusées ; comment redouterait-il les tourinons de l'enfer? — Et cette méprise serait encore quelque chose au-delà ! {Avec un calme effrayant.) Génois, grâce à Dieu, cela ne peut pas (Hre.

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