‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 132 sur 637 · SCÈNE VL · texte numérisé non relu

SCÈNE VL

LE PRÉSIDENT, LE GRAND MARÉCHAL DE KALB. Il a un riche habit de cour, mais de mauvais goût ; une clef de chambellan, deux chaînes de montre, une épée, un chapeau sous le bras; il est poudré en frimas. Il s'avance avec fracas vers le Président, et répand à la ronde une forte odeur d'ambre.

LE GRAND MARECHAL, en l'embrassant.

Eh bonjour, mon cher! comment ça va-t-il? 4.vez-vcus bien dormi? — Pardon, si j'ai si tard e plaisir de... des affaires pressantes.., le menu iu dîner .. les billets de visite... l'arrangement les traîneaux pour la partie de ce soir... Ah! et

puis il fallait assister au lever et annoncer à son altesse sérénissime le temps qu'il fait.

LE PRÉSIDENT

Oui, maréchal, sans doute vous ne pouviez vous en dispenser.

LE GRAND MARÉCHAL

Par-dessus tout cela, un fripon de tailleur qui m'a fait attendre.

LE PRÉSIDENT

Et pourtant toujours exact, toujours prêt!

LE GRAND MARÉCHAL

Ce n'est pas tout. Un malheur ne marche jamais sans l'autre. Ecoutez-moi seulement.

LE PRÉSIDENT , avec distraction.

Est-il possible?

LE GRAND MARÉCHAL

Ecoutez-moi seulement. J'étais à peine descendu de voiture, que les chevaux s'effarouchent, se cabrent, piaffent sur le pavé; et imaginez-vous que voilà mes bas tout couverts de crotte! Que faire? au nom du ciel, mettez-vous à ma place, baron! J'étais là, il était tard; c'est un vrai voyage... Mais paraître dans cet état devant son altesse, Dieu tout-puissant! Qu'ai-je imaginé? Je feins un évanouissement; on me prend par les pieds et par la tête, on me rapporte dans ma voiture; je m'en reviens ventre à terre chez moi, je change d'habits, je repars... Eh bien, le croiriez-vous?... je me trouve encore le premier dans l'antichambre. Que pensez-vous de cela ?

LE PRÉSIDENT

C'est la plus belle inspiration de l'esprit humain. Mais laissons cela : vous avez donc parlé au duc?

LE GRAND MARÉCHAL, gravement.

Pendant vingt minutes et demie.

LE PRÉSIDENT

C'est bien. Et vous avez sans doute appris une importante nouvelle?

LE GRAND MARÉCHAL, après un moment de réflexion et d'un air sérieux.

Son altesse a aujourd'hui son habit de casto rine merde-d'oie.

Vous croyez? — Eh bien, maréchal, j'ai une meilleure nouvelle à vous dire : lady Milford va devenir baronne de Walter. Cela vous paraît une nouvelle, n'est-ce pas ?

LE GRAND MARÉCHAL

Comme vous dites... et cela est déjà arrangé?

LE PRÉSIDENT

Signé, maréchal ; et vous m'obligerez si vous voulez bien aller sans délai chez mylady la préparer à la visite de mon fils, et répandre dans toute la résidence le projet de mon Ferdinand.

LE GRAND MARÉCHAL, Cnckanté.

Ah ! mon cher, avec un extrême plaisir. C'est tout ce que je pouvais désirer. J'y cours sur-lechamp ; [il l'embrasse] adieu, bans trois quarts d'heure, toute la ville le saura.

\\ s'en va tout empressé.

THÉÂTRE DE SCHILLER

LE PRÉSIDENT fit en le suivant aes yeux. Qu'on dise encore que ces créatures-là ne servent à rien dans ce monde! — Maintenant il faudra bien que mon Ferdinand le veuille, ou qu'il donne un démenti à toute la ville, {fl sonne; Wurm vient.) Qu'on fasse venir mon fils. Wurra sort. Le président se promène de long en large tout pensif.

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