L'INTRIGUE
FERDINAND
Ah! si elle était tombée en de mauvaises mains... Grâces soient rendues au hasard, il a fait plus que la raison la plus avisée, et a mieux opéré que la sagesse des plus habiles. — Le hasard, dis-je? Ah ! si la Providence est en jeu quand un passereau tombe, pourquoi ne serait-ce pas elle qui démasquerait un esprit de l'enfer? — Répondras- tu?... as-tu écrit cette lettre?
MILLER, ci parf, à Louised'un ton suppliant.
Sois ferme, ma fille; dis seulement oui, et tout est fini.
FERDINAND
Cela est plaisant, fort plaisant! le père était aussi trompé ; tous trompés! — Eh bien, voyez la contenance de cette infâme; sa bouche même lui refuse obéissance pour ce dernier mensonge. Jure sur ton Dieu, jure sur l'éternelle vérité. As-tu écrit cette lettre ?
touiSE, après un douloureux combat, où elle a été soutenue par les regards de son père, répond avec fermeté et assurance.
Je l'ai écrite.
FERDINAND demeure immobile d'effroi.
Louise!... non, sur mon âme, tu mens... L'innocence n'avoue-t-elle pas, sur le chevalet du bourreau, le crime qu'elle n'a jamais commis? Je te l'ai demandé avec trop de violence... n'est-ce pas, Louise, tu n'as avoué qu'à cause de ma violence ?
LOUISE
J'ai avoué ce qui est vrai.
FERDINAND
Non, te dis-je, non, non, tu ne l'as pas écrite ; ce n'est pas là ton écriture... et cela serait, qu'il est plus aisé de contrefaire une écriture que de corrompre un cœur. Parle-moi vrai, Louise... Mais, non, non, ne réponds pas, tu n'aurais qu'à direoui, etje serais perdu... Un mensonge, Louise, un mensonge !... Oh ! si tu le peux encore, dis-lemoi avec cette physionomie sincère et angéliquë; persuade mes yeux, persuade mon oreille, et tu tromperas encore ce cœur si horriblement abusé. 0 Louise! toute vérité pourrait alors, dès ce moment, se retirer de la création ; la probité pourrait incliner sa fierté et s'abaisser aux courbettes des couttisans. (D'une voix tremblante.) As-tu écrit cette lettre?
LOUISE
Sur mon Dieu, sur l'éternelle vérité, oui. FERDiNAM), après un moment de silence, avec l'expression de la plus profonde douleur.
Femme! femme 1... ce visage qui est là maintenant devant moi... Ehl)ien, au charme de ce visage ajoute le bonheur du paradis, et même dans l'empire de la damnation tu ne séduiras plus personne... sais-tu ce que tu étais pour moi, Louise ? c'est impossible; non, tu ne sais pas que tu étais tout pour moi... Tout! ce n'est qu'un mot, un misérable mot; mais l'éternité a de la peine à le contenir, il renferme en lui la vaste étendue de l'univers... Tout! et tu as