‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 157 sur 637 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

FERDINAND et MILLER.

Tous deux se promènent en silence de long en large dans la chambre. Miller s'arrête enfin , et après avoir regardé tristement le Major, il lui adresse la parole.

MILLER

Mon cher baron, si cela peut diminuer votre chagrin, je vous dirai que je le partage du fond du cœur.

FERDINAND

C'est bon, Miller. (Il fait encore quelques pas.) Miller, je me souviens à peine comment je vins chez vous, à quelle occasion.

MILLER

A quelle occasion, monsieur le major? vous voulûtes prendre de moi des leçons de Qûte : vous ne vous en souvenez plus?

FERDINAND, brusquement.

Je vis votre fille... (Encore un instant de silence.) Vous ne m'avez pas tenu votre parole, mon ami ; vous deviez répandre du calme sur mes heures de solitude, et vous m'avez trompé ; vous m'avez vendu un serpent... (Il remarque l'émotion de Miller.) Non, ne t'effraie pas, vieillard... (il l'embrasse) tu n'es pas coupable.

MILLER, s'essuyant les yeux.

Dieu le sait, lui qui sait tout.

FERDINAND, Se promenant encore, enseveli dans de sombres réflexions.

Qu'elle est étrange, qu'elle est inconcevable la façon dont Dieu se joue de nous ! A de minces et imperceptibles fils, souvent il suspend un poids énorme. L'homme savait-il qu'en mangeant cette pomme, il trouverait la mort? hélas! le savait-il? (Il se promène à grands pas, puis il prend avec force la main de Miller.) Homme, tu m'as vendu bien cher quelques sons de flûte... et tu n'y gagnes pas cependant... tu y perds tout peut-être aussi. (// s'éloigne de lui.) Malheureuse flûte! pourquoi cette idée m'est-elle venue?

MiLLFR, cherchant à cacher son émotion.

Cette limonade se fait bien attendre. Je ferai

THÉÂTRE DE SCHILLER

mieui d'aller y voir, si vous ne le uouvcz pas mauvais.

FUKDI.NAND.

Cela ne presse pas, mon cher Miller... [À part.) Du moins pour le père - - demeurez... Que voulais-je donc vous dire? Ah I oui... Louise est elle votre unique fille? N'avez-vous point d'autres enfans?

MILLER, avec chaleur.

Je n'en ai aucun autre, baron ; je n'en désire aucun autre : ma fille est si bien tout ce qu'il faut pour remplir mon cœur! Tout ce que j'ai pu avoir d'amour, je l'ai placé sur ma fdle. FERDINAND, vivement ébranlé.

Hélas!... voyez, je vous prie, si cette boisson est prête, mon bon Miller.

Miller sort.

%\* v\\ v\-v\ \v\wv\v^v^ \\\ "V \\ xA-v \ vv\\\'vvwvv\\'W\vv\ wwvvww

Page 1