‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 161 sur 637 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

M.UDINAND, LE PRÉSIDENT, WURM et plusieurs domestiques se précipitent avec effroi dans la chambre; ensuite MILLER arrive avec des officiers de justice et des gens du peuple, oui occupent le fond du théâtre.

LE PRÉSIDENT, Une lettre à la main.

Mon fils, qu'est-ce donc? je ne croirai jamais... FERDINAND jette oux pieds de son père le verre qu'il tenait.

Tiens, assassin !

LE PRÉSIDENT c/janceZ/e. Toussant épouvantés. Silence horrible.

Mon fils, pourquoi m'as-tu fait cela?

FERDINAND, saus le regarder.

Oh! oui, sans doute! j'aurais dû d'abord consulter l'homme d'Etat pour savoir si ce coup convenait à son jeu? Ce fut, je l'avouerai, une bien belle et admirable feinte que de rompre le lien de nos cœurs par la jalousie! ce calcul était d'un grand maître. C'est seulement dommage que l'amour en fureur n'obéisse pas si docilement à vos fils que vos marionnettes de bois.

LE PRÉSIDENT promène ses yeux sur ceux qui

l'entourent.

N'est-il personne ici qui pleure sur un père inconsolable?

MILLER. On l'entend s'écrier derrière la scène. Laissez-moi entrer; au nom du ciel, laissezmoi !

FERDINAND

Cette fille est une sainte; laissez entrer un autre pour qu'il plaide pour elle.

Il ouvre la porte à Miller, qui entre avec la foule et les officiers de justice.

MILLER, dans une horrible angoisse.

Mon enfant! mon enfant! — du poison, a-t-on dit ; — ma fille !... oii es-tu ?

FERDINAND le conduit entre le Président et le

corps de Louise.

Je suis innocent : remercie celui-ci.

MU Lru tombe près d'elle.

Ah ! Jésus 1

FLIlItlXANO.

Je dirai peu de paroles, mon père... elles commencent à avoir du prix pour moi. — Je suis coupable de m'ôtre ôté la vie, de la lui avoir ôtée. Comment paraîtrai-jc devant Dieu? j'en frémis. Cependant je n'ai jamais été un méchant : mon arrêt pour l'éternité, quel qu'il soit, ne tombera pas sur elle... Mais moi, j'ai commis un meurtre, [d'une voix forte et terrible ) un meurtre pour lequel tu n'exigeras pas que je comparaisse seul devant le juge du monde! J'en rejette solennellement sur l"oi la plus grande et la plus horrible part ; comment tu pourras t'en justifier, c'est à toi à y aviser. ( Il le conduit vers Louise. ) Viens, barbare, viens te repaître de l'abominable fruit de ton habileté. Les convulsions de la douleur ont écrit ton nom sur ce front, et les anges exterminateurs sauront bien le lire... Un fantôme fait à son image viendra, lorsque tu dormiras, tirer les rideaux de ton lit et te présenter sa main glacée; un fantôme fait à son image se tiendra devant ton âme quand tu mourras, et repoussera du ciel ta dernière prière; un fantôme fait à son image se tiendra sur ta tombe quand tu t'en relèveras, et sera auprès de Dieu quand il te jugera.

Il s'évanouit ; des domestiques le soutiennent

LE PRÉSIDENT, avec une émotion violente, lève les

mains au ciel.

iuge au monde, ne me redemande pas cette âme, non pas à moi... mais à cet homme...

Il montre Wurm.

WURM, l'interrompant.

A moi ?

LE PRÉSIDENT

Oui, maudit, à toi, à toi, Satan! C'est toi, toi qui m'as donné les conseils du serpent; c'est toi qui en dois répondre. Je m'en lave les mains.

WURM.

Moi? ( Il se prend à rire d'un rire effroyable.) Cela est plaisant, vraiment plaisant! Ne savais-je donc pas comment les démons se témoignent leur reconnaissance? Moi? scélérat, imbécile, était ce mon fils? étals-je ton maître?... C'est moi qui en dois répondre! A cette idée je sens la moelle de mes os se glacer. C'est moi qui en dois répondre ?... Soit, je veux bien être perdu, mais tu dois l'être avec moi... Allons! allons! crie au meurtre à travers les rues; qu'on réveille les juges, gens de la justice, garrottez-moi, conduisez-moi vers eux; j'ai à leur découvrir des secrets qui, lorsqu'ils les entendront, leur feront dresser les cheveux sur la tête.

-Il veut sortir.

LE PRÉSIDENT le retient.

Tu ne feras pas cela, Wurm?

WURM, iui frappant sur l'épaule.

Je le ferai, mon camarade, je le ferai. Cela est fou, il est vrai .. mais c'est ta faule; si maiiil&«

THÉÂTRE

nant j'en agis comme un fou, nous irons à l'échafnud bras dessus, bras dessous... en enfer, bras dessus, bras dessous. Cela me divertira, coquin, d'être damné avec toi.

Od l'emmène.

MILLER, qui pendant tout ce temps était resté la tête penchée sur le corps de Louise, abîmé dans une douleur muette, se relève tout-à-coup et jette la bourse au Major.

I-^mpoisonneur, reprends ton or maudit. Voulais-tu m'acheter le sang de ma Gllc?

Il se précipite hors de la chambre.

FERDINAND, d'une voix expirante.

Il est au désespoir... qu'on le suive, qu'on lui remette cet or... c'est une horrible dette!... Louise!... Louise!... je viens... Adieu, qu'on me laisse expirer à cet autel.

LE PKÉsiDENT, Sortant de sa sombre stupeur. Mon fils, Ferdinand, ne laisseras-tu point tomber un regard sur un père au désespoir?

Le Major a été placé près de Louise.

FERDINAND

Celui-là appartient au Dieu de miséricorde.

LE PRÉSIDENT tombe à ses pieds avec l'expression

d'une douleur déchirante.

Créateur et créatures , tout m'abandonne ! N'obtiendrai-je pas un regard pour ma dernière consolation ? ( Ferdinand lui tend une main mourante. — Le Président se relève. ) Il m'a pardonné ! ( Aux autres. Maintenant je suis votre prisonnier.

Il sort accompagné des officiers de justice.

FIN DE L'INTRIGUE ET L'AMOUR

LA PUCELLE D'ORLÉANS

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