‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 164 sur 637 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

THIBAUT d'ARC, avec ses trois filles et trois jeunes paysans leurs amoureux.

THIBAUT

Oui, mes chers voisins, aujourd'hui nous sommes encore Français; nous sommes de libres citoyens, possesseurs des champs que nos pères ont autrefois labourés ; qui sait à qui demain nous aurons à obéir? Car l'Anglais commande partout, partout il déploie ses bannières victorieuses, et ses chevaux foulent aux pieds les campagnes fleuries de la France. Paris l'a déjà reçu en vainqueur, et a donné l'antique couronne de Clovis au rejeton d'une tige étrangère; le fils de nos rois, dépouillé et fugitif, est errant dans ses propres états ; son parent le plus proche, le premier pair de son royaume, combat dans l'armée de ses ennemis, et sa mère dénaturée les excite. Autour de nous, les villes, les villages sont consumés par les flammes ; l'incendie terrible s'avance toujours de plus en plus vers ces vallées encore paisibles. C'est pourquoi, mes chers voisins, j'ai résolu, avec la permission de Dieu, de marier mes filles pendant que je le puis encore. Jamais un protecteur n'est plus nécessaire à la femme qu'au milieu des horreurs de la guerre, et l'amour aide à supporter toutes les misères. {Âupremier paysan.) Venez, Etienne, vous voulez obtenir Marguerite; les champs sont voisins et les âmes se conviennent; voilà de quoi fonder un bon ménage. [Au second.) Claude-Marie, vous vous taisez, et ma Louise

baisse les yeux. Séparerais-je deux cœurs qui sont unis, parce que vous n'avez pas de trésor à m'offiir? Qui possède maintenant des trésors? Mes biens et ma maison seront peut-être demain la proie des flammes ou des ennemis qui approchent; le cœur d'un brave homme est dans ce moment le plus sûr de tous les asiles.

LOUISE

Mon père !

CLAUDE-MABIE.

Ma Louise!

LOUISE, embrassant Jeanne.

Chère sœur !

THIBAUT

Je donne à chacune trente arpens de terre, une maison, une étable et un troupeau ; Dieu m'a béni jusqu'à présent, qu'il vous bénisse de même.

MARGUERITE, embrassant Jeanne.

Contente mon père, suis notre exemple, et que ce jour voie trois mariages heureux.

THIBAUT

Allez, occupez-vous des préparatifs : à demain les noces ; il faut que tout le village les célèbre avec nous.

vwwvvw»

AVVVVVVVVVVVVVVV\VVVVVV\.XVVVVVVVVV'VVVWWWWV\W\

Page 1