‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 169 sur 637 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les PaicÉDKNs , LE ROL

LE ROI

Le connétable m'a renvoyé son épée, et refuse de me servir. Grâce à Dieu, nous voici délivrés de cet homme orgueilleux qui voulait dominer ici avec tant d'arrogance.

DUNOIS

Un homme est précieux dans ce temps, et je ne ▼ol» pas sa retraite avec tant de légèreté.

LE HOI

Vous parlez ainsi pour me contredire; tant qu'il a été ici, vous n'avez jamais été son ami.

DUNOIS

Il est orgueilleux et difficile à vivre, et jamais il n'a tu se décider; mais enfin cette fois il n pris une résolution au bon moment ; il part, lorsqu'il ^^ avait aucune gloire à acquérir.

LE ROI

Vous êtes de belle humeur aujourd'hui, et j ne veux pas la troubler. Duchâlel, les envoyés di vieux René sont ici. Ce sont de fort habiles chaii teurs, et de grande réputation; il faut les biei traiter, et donner à chacun d'eux une chaîne d'oi (A Dunois.) D'où vient que vous souriez?

C'est à cause de ces chaînes d'or dont vous dis posez si facilement.

DUCHATEL

Sire, il n'y a point d'argent dans votre épargne

LE ROI

Il faut s'en procurer. De nobles chanteurs n peuvent sortir de chez moi sans avoir été récompensés. Ils ornent de fleurs le sceptre trop pesant et tressent un rameau immortel dans la couronn stérile; ils régnent à côté du monarque, assis su un trône construit par leur imagination riante; e leur paisible empire est fondé plus haut que 1 sol terrestre; ainsi, ils doivent marcher de pai avec les rois : les uns comme les autres habiten au-dessus de l'humanité.

DUCHATEL

0 mon royal seigneur, j'at épargné votre oreill tant que j'ai pu trouver des secours et des expé diens ; mais enfin la nécessité me force à rompr le silence. Vous n'avez plus rien à donner; il n vous reste pas même de quoi suffire à la dépens de demain. Le cours de vos richesses s'est écoulé et votre épargne est restée vide. La solde de troupes n'est pas payée; elles murmurent et" me naceni de se retirer; à peine puis-je me procure ce qui est nécessaire pour tenir votre propr maison, et encore d'une manière inégale à votr rang.

LE ROI

Engagez mes revenus royaux, et empruntez'd l'argent aux Lombards.

DUCHATEL

Sire, vos revenus royaux sont déjà engagés pou trois ans.

Et cependant le gage et la terre vont se perdre

LE ROI

Il nous reste encore de riches contrées.

DUNOIS

Oui, tant qu'il plaira à Dieu et à l'épée de Tal

LA PUCELLE D'ORLÉANS

bot. guand Orléans sera pris, vous pourrez aller garder les troupeaux avec votre roi René.

LE ROI

Vous exercez toujours votre esprit sur le roi René; cependant ce prince dépouillé, aujourd'hui encore, m'envoie des présens d'une magnificence toute royale.

DUNOIS

Sur mon honneur, ce n'est pas sa couronne de Naples, car il cherche à la vendre depuis qu'il s'est mis à garder les troupeaux.

LE ROI

C'est un plaisir, un doux amusement, une jouissance qu'il accorde à son cœur et à ses goûts. Au milieu de la réalité grossière et barbare, il s'est créé un monde dégagé de soucis et de souillures : c'est un projet grand et royal que de vouloir rappeler ces temps antiques où régnaient les tendres sentimens, oii l'amour animait le cœur héroïque des chevaliers, ofi de nobles dames, siégeant sur un tribunal, prononçaient sur mille subtilités avec un sens délicat. Ce vieillard aimable habite encore dans ces temps-là; tels que nous les représentent ces antiques chansons, tels il veut les établir, comme une cité céleste sur des nuages d'or au-dessus de la terre : il a institué une cour d'amour où doivent comparaître les nobles chevaliers, où les chastes dames doivent régner en souveraines, où les purs sentimens doivent reparaître, et il m'a élu prince d'amour.

4» DCNOIS.

Je ne suis pas assez dénaturé pour insulter au pouvoir de l'amour : je tiens mon nom de lui ; je suis son fils, et mes droits sont établis sur son empire. Le duc d'Orléans fut mon père : le cœur d'aucune femme ne fut invincible pour lui; mais les remparts des ennemis ne lui résistaient pas non plus. Voulez-vous mériter le nom de prince d'amour? soyez aussi le plus brave parmi les braves. Et moi aussi je connais ces vieux livres : on y lit que l'amour s'associait toujours aux actions chevaleresques : c'étaient des héros et non pas des bergers qui étaient assis à la table ronde. Celui qui ne saurait pas défendre courageusement la beauté ne mérite pas les précieuses récompenses qu'elle distribue. La lice vous est ouverte; combattez pour la couronne de vos aïeux; défendez avec l'épée des chevaliers et vos droits et '•'honneur des nobles dames : quand vous aurez, au milieu des flots du sang ennemi, reconquis courageusement le sceptre paternel, alors il sera lemps de couronner votre tête royale des myrtes ie l'amour.

LE ROI , à un Ecwjer qui entre.

Qu'est-ce?

l'écuyer.

Bes magistrats d'Orléans sollicitent une aulience.

Faites-les entrer. ( L'Ecuyersort. ) Ils viennent

implorer des secours. Que puis-je faire pour eux, moi qui suis sans ressources ?

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