LIONEL, JEANNE
LIONEL
Misérable, prépare-toi à combattre. Un de nous laissera sa vie en ce lieu. Tu as frappé les plus braves de mes concitoyens; le noble Talbot a exhalé sa grande âme sur mon sein. Je vengerai ce héros, ou je partagerai son sort; et pour que tu saches avec qui tu as la gloire de disputer la victoire et la vie, je suis Lionel, le dernier des chefs de notre armée, et dont le bras n'a pas encore été vaincu. [Il l'attaque ; et après un instant de combat, elle fait tomber l'épée de Lionel.) Sor perfide !
11 lutte avec elle.
JEANNE saisit par derrière le cimier de, son casque, le lui arrache avec force: le casque tombe; le visage de Lionel reste dccouvert. Jeanne lève son épée sur lui.
Souffre la mort que tu es venu chercher. [En ce moment elle aperçoit le visage de Lionel, son regard s'attache à lui ; elle demeure immobile et laisse lentement retomber son bras.) La sainte Vierge t'immole par ma main.
LIONEL
Pourquoi suspendre et retarder le coup de la mort ? Ote-moi la vie, comme tu m'as ôté la gloire. Je suis en ta main, et je ne demande point de grâce. [Elle lui fait signe de s'éloigner.) Que je fuie, que je te doive la vie!... non, plutôt mourir!
JEANNE
Je veux ignorer que ta vie est en mon pouvoir.
LIONEL
Je hais toi et ta clémence ; je ne veux point de grâce. Frappe ton ennemi, celui qui te déteste, qui voudrait te donner la mort.
JEANNE
Eh bien, donne-la-moi et fuis.
LIONEL
Qu'entends-je?
JEANNE se cache le visage.
Malheur à moi !
LIONEL
Tu égorges, dit-on, tous les Anglais qui sont vaincus par toi dans le combat. Pourquoi m'épargner?
JEANNE lève son épée sur lui avec un mouvement
rapide; mais quand l'épée approche du visage
de Lionel, Jeanne la laisse de nouveau rç-p
tomber.
Vierge sainte!
THÉÂTRE
UONP.L.
Pourquoi invoqucs-tu les saints? Quel rapport ont-ils avec toi? Ce n'est pas le ciel qui te pro-r tége.
jEANiXE, dans une douloureuse agitation.
Ah! qu'ai-je fait? J'ai manqué à mon vœu. Elle se tord les mains avec désespoir.
LIONEL laregarde avec compassion, et s'approche. Malheureuse fille, je te plains, tu m'attendris. Envers moi seul tu te montres généreuse, je sens que ma haine s'évanouit et que ton sort m'intéresse. Qui es-tu? d'où es-tu venue?
JEANNE
Fuit, quitte-moi.
LIONEL
Ta jeunesse, ta beauté me touchent; ton regard pénètre jusqu'au fond de mon cœur. Je veux te sauver ; dis-moi, comment le puis-je? Viens, viens, abjure tes horribles sermens. Laisse là tes armes.
JEANNE
Je ne suis plus digne de les porter.
LIONEL
Rejette-les promptement et suis-moi.
JEANNE, égarée.
Te suivre !
LIONEL
Te tesauverai. Suis-moi. Oui, je veux te sauver ; mais ne tardons pas davantage. J'éprouve pour toi la plus tendre compassion, et un désir ardent de te sauver. '
Il prend la main de Jeanne.
JEANNE
Dunois approche; les voici, il me cherchent. Ah! s'ils te rencontraient!
LIONEL
Je te défendrais.
JEANNE
Ah ! je mourrais si tu tombais sous leurs coups.
LIONEL
Je te suis donc cher !
Puissances du ciel 1
LIONEL
Te reverrai-je? Entendrai-je de ta bouche...
JEANNE
Jamais, jamais.
LIONEL
Cette épée sera le gage de notre réunion. Il lui prend son épée.
JEANNE
Que fais-tu, malheureux?
LIONEL
Maintenant, je cède à la force, mais je te reverrai.
Il s'éloigne,
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