‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 207 sur 637 · LIONEL, JEANNE · texte numérisé non relu

LIONEL, JEANNE

LIONEL

Misérable, prépare-toi à combattre. Un de nous laissera sa vie en ce lieu. Tu as frappé les plus braves de mes concitoyens; le noble Talbot a exhalé sa grande âme sur mon sein. Je vengerai ce héros, ou je partagerai son sort; et pour que tu saches avec qui tu as la gloire de disputer la victoire et la vie, je suis Lionel, le dernier des chefs de notre armée, et dont le bras n'a pas encore été vaincu. [Il l'attaque ; et après un instant de combat, elle fait tomber l'épée de Lionel.) Sor perfide !

11 lutte avec elle.

JEANNE saisit par derrière le cimier de, son casque, le lui arrache avec force: le casque tombe; le visage de Lionel reste dccouvert. Jeanne lève son épée sur lui.

Souffre la mort que tu es venu chercher. [En ce moment elle aperçoit le visage de Lionel, son regard s'attache à lui ; elle demeure immobile et laisse lentement retomber son bras.) La sainte Vierge t'immole par ma main.

LIONEL

Pourquoi suspendre et retarder le coup de la mort ? Ote-moi la vie, comme tu m'as ôté la gloire. Je suis en ta main, et je ne demande point de grâce. [Elle lui fait signe de s'éloigner.) Que je fuie, que je te doive la vie!... non, plutôt mourir!

JEANNE

Je veux ignorer que ta vie est en mon pouvoir.

LIONEL

Je hais toi et ta clémence ; je ne veux point de grâce. Frappe ton ennemi, celui qui te déteste, qui voudrait te donner la mort.

JEANNE

Eh bien, donne-la-moi et fuis.

LIONEL

Qu'entends-je?

JEANNE se cache le visage.

Malheur à moi !

LIONEL

Tu égorges, dit-on, tous les Anglais qui sont vaincus par toi dans le combat. Pourquoi m'épargner?

JEANNE lève son épée sur lui avec un mouvement

rapide; mais quand l'épée approche du visage

de Lionel, Jeanne la laisse de nouveau rç-p

tomber.

Vierge sainte!

THÉÂTRE

UONP.L.

Pourquoi invoqucs-tu les saints? Quel rapport ont-ils avec toi? Ce n'est pas le ciel qui te pro-r tége.

jEANiXE, dans une douloureuse agitation.

Ah! qu'ai-je fait? J'ai manqué à mon vœu. Elle se tord les mains avec désespoir.

LIONEL laregarde avec compassion, et s'approche. Malheureuse fille, je te plains, tu m'attendris. Envers moi seul tu te montres généreuse, je sens que ma haine s'évanouit et que ton sort m'intéresse. Qui es-tu? d'où es-tu venue?

JEANNE

Fuit, quitte-moi.

LIONEL

Ta jeunesse, ta beauté me touchent; ton regard pénètre jusqu'au fond de mon cœur. Je veux te sauver ; dis-moi, comment le puis-je? Viens, viens, abjure tes horribles sermens. Laisse là tes armes.

JEANNE

Je ne suis plus digne de les porter.

LIONEL

Rejette-les promptement et suis-moi.

JEANNE, égarée.

Te suivre !

LIONEL

Te tesauverai. Suis-moi. Oui, je veux te sauver ; mais ne tardons pas davantage. J'éprouve pour toi la plus tendre compassion, et un désir ardent de te sauver. '

Il prend la main de Jeanne.

JEANNE

Dunois approche; les voici, il me cherchent. Ah! s'ils te rencontraient!

LIONEL

Je te défendrais.

JEANNE

Ah ! je mourrais si tu tombais sous leurs coups.

LIONEL

Je te suis donc cher !

Puissances du ciel 1

LIONEL

Te reverrai-je? Entendrai-je de ta bouche...

JEANNE

Jamais, jamais.

LIONEL

Cette épée sera le gage de notre réunion. Il lui prend son épée.

JEANNE

Que fais-tu, malheureux?

LIONEL

Maintenant, je cède à la force, mais je te reverrai.

Il s'éloigne,

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