‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 24 sur 637 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MOOR, seul.

Je te salue, terre de ma pairie! (// baise la ' re.) Ciel de ma patrie! soleil de ma patrie ! et us, praiiies, collines, torrens, forêts, je vous -..lue tous du fond de mon cœur! Combien est dé- 'iricux le souffle de l'air dans mes montagnes nai aies ! Quel baume salutaire vous répandez sur un malheureux fugitif! Elysée! monde poétique !Arn'ic-toi, Moor; ton pied foule un temple sacré. {Il ^ approche. ) Vois-tu ces nids d'hirondelles aux it'iiètres du château? — Vois-tu la petite porte du jardin, — et ce coin de la haie où si souvent tu te ]ilaçais en embuscade? — Et là-bas, cette prairie (là lu faisais Alexandre le Grand conduisant ses -Macédoniens à la bataille d'Arbelles ? et plus loin, (■( lie pelouse sur la colline, où tu terrassas les satrapes de Perse; — où flottait ton étendard victorieux? (//sou)h7.) Les années de l'âge d'or del'enfaiice revivent dans l'âme d'un misérable. — Tu tiais si heureux alors; tu l'étais si entièrement, avecunesérénitcsans nuages !..,ctmaintenant!... i i gisent les débris de tous tes projets! C'était ici que tu devais marcher un jour en homme grand, ( oiisidérable, illustré... Ici je devais recommencer une seconde fois ma jeunesse dans les enfans de mon Amélie... Ici, ici, tu devais être l'idole de tes vassaux... Mais l'ennemi des hommes s'est laillé de tout cela! ( Il s'interrompt. ) Pourquoi suis-je venu ici? Ne suis-je pas comme le prisonnier que le cliquetis de ses chaînes arrache à son rêve de liberté?... Non, je vais retourner à ma misère... Le prisonnier avait oublie la lumière du jour; le rêve de la liberté aura brille à ses yeux comme un éclair, pour le laisser dans une nuit plus profonde... Adieu, vallons de ma patrie! vous NÎtci Charles enfant, et Charles était un heureux enfant; maintenant vous le voyez homme, et il est dans le désespoir, {lise retourne rapidement vers lu fond de la scène, reste un moment en repos et en silence, puis reporte mélancoliquement ses yeux vers lechâteaii) Ne pas la voir! pas un seul rettard!... Et une seule muraille me sépare d'An:élie!... Non, il faut que je la voie, — que je la voie... quand je devrais en être écrasé. {Il marche ' et là.) Mon père, mon père! ton fils s'appro- ... Eloigne-toi de moi, noire image de ce sang :ui fume encore! Eloigne-toi, aspect horrible et sombre des convulsions de la mort ! Laisse-moi libre une heure seulement... Amélie! mon père! \otre Charles approche! {Il marche rapidement vers le château.) Torturez-moi quand le jour s'éveille; n'abandonnez point votre proie quand la nuit vient. - Torturez-moi par des songes terribles, mais n'empoisonnez pas ce moment unique de volupté ! (// s'arrête devant la porte.) Qu'ai je «■[irouvé? ftloor, qu'éprouves-tu? Sois un homme. 1 vissons de la mort... pensées de l'effroi!...

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