‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 264 sur 637 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Priîcédens , TALBOT.

MARIE

Ah! ce n'est pas là ce qui m'agite. Dieu! j'ai un tout autre souci. Hélas! noble Shrcwsbury, vous venez à moi comme un ange envoyé du ciel. Je ne puis la voir, délivrez-moi, délivrez-moi de son odieuse vue.

TALBOT

Revenez à vous, reine ; rappelez votre courage, voici l'heure décisive.

Je l'ai attendue long-temps. Depuis bien des années je m'y suis préparée; je me suis dit souvent, et j'ai gravé dans ma pensée, comment je voulais la toucher et l'émouvoir. Tout est oublié, tout est effacé soudainement, et en ce moment je ne retrouve en moi d'autre sentiment que le souvenir cuisant de ce que j'ai souffert. Tout mon cœur se soulève d'une haine sanglante contre elle. Toutes mes bonnes pensées m'échappent, et il semble que les sinistres furies m'entourent en secouant leurs serpens.

TALBOT

Commandez à cet emportement farouche et furieux. Renfermez l'amertume de votre cœur; le combat de la haine contre la haine ne peut produire rien de bon. Quelque révolte intérieure que vous éprouviez, obéissez à la nécessité des circonstances : elle est la plus forte: humiliezvous.

MARIE

Devant elle? non, jamais.

TALBOT

II le faut cependant. Parlez avec respect, avec résignation : appelez-en à sa générosité, ne la bravez pas. Il ne s'agit pas maintenant de vos droits, ce n'est pas le moment.

MARIE

Ah ! c'est l'arrêt de ma perte que j'ai sollicité, et ma prière a été exaucée pour mon malheur ! Nous n'aurions dû jamais nous voir, jamais ; rien, rien de bon n'en saurait advenir : le feu et l'eau s'accorderaient plutôt ensemble, l'agneau jouerait plutôt avec le tigre. Je suis trop profondément blessée; j'ai trop souffert par elle : jamais, jamais il n'y aura de pardon entre nous.

TALBOT

Voyez-la seulement d'abord. J'ai aperçu qu'ellt. était émue par votre lettre, ses yeux ont versé des larmes ; non, elle n'est pas insensible : prenez une meilleure confiance. C'est pour cela que je me suis hâté au-devant d'elle pour vous donner de l'assurance et vous avertir.

MARIE , lui prenant la main.

Hélas! Talbot, vous avez toujours été mon

ami ; que no suis-je demeurée sous voire garde biciifaisanle! On m'a traitée bien durement, Slirewsbury.

TALBOT

Oubliez tout en ce moment; pensez seulement avec combien de soumission vous devez l'aborder.

MARIE

Rurleigh, mon mauvais génie, est-il aussi avec Plie?

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