‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 275 sur 637 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Le théâtre représente l'appartement de la reine. ELISABETH, une lettre à la main, BURLEIGH.

ELISABETH

Me conduire là! m'exposer à un tel affront! Le traître ! m'amener en triomphe devant son amante! 0 Burleigh ! jamais une femme ne fut ainsi trahie!

BURLEIGH

Je ne puis concevoir par quel charme, par quel pouvoir il a su tellement égarer la prudence de ma souveraine.

]ÉLISABETH

J'en meurs de honte. Combien il devait se railler de ma faiblesse ! Je croyais qu'elle serait humiliée, et c'est moi qui ai été l'objet de ses outrages.

BURLEIGH

Vous voyez maintenant combien mes conseils étaient sincères.

ELISABETH

Ah ! je suis durement punie de m'ôtre écartée de vos sages avis. Et comment ne l'aurais-je pas cru? Pouvais-je soupçonner un piège dans les sermens du plus fidèle amour? A qui puis-je méfier, s'il m'a trahie? lui que j'ai fait grand parmi les grands de ma cour! lui qui toujours a été le plus près de mon cœur! lui que j'ai comme autorisé à agir dans ce palais en maître, en roi !

BURLEIGH

El dans le même temps il vous trahissait pour cette perfide reine d'Ecosse.

JÊLISABETH.

Oh! elle le payera de son sang ! Dites, la sentence est-elle rédigée ?

BURLEIGH

Elle est prête, ainsi que vous l'avez ordonné.

ELISABETH

Qu'elle meure! qu'il la voie périr et périsse après elle. Je l'ai chassé de mon cœur. Je ne sens plus d'amour et ne respire que la vengeance. Que sa chute soit aussi honteuse et aussi profonde que son élévation avait été grande. Qu'il soit un monument de ma sévérité, comme il a été un exemple de ma faiblesse. Qu'on le conduise à la Tour, je vais désigner les pairs pour le juger; qu'il soit livré à toute la rigueur des lois.

BURLEIGH

11 s'introduira près de vous, il se justifiera.

ELISABETH

Comment peut-il se justifier? La lettre ne le convaincra-t-elle pas ? Ah ! son crime est plus clair que le jour.

MARIE

BURLEIGII.

Mais vous avez tant de douceur et d'indulgence 1 son aspect, le pouvoir de sa présence...

ÉLISABKTH.

Je ne veux pas le voir. Jamais, jamais. Âvez- ;ous donné l'ordre de ne le point recevoir, s'il ;ient?

BURLEIGH

Cela est ainsi ordonné.

ON PAGE entre.

Mylord Leicester.

ELISABETH

Le traître... Je ne veux pas le voir; dites que je ne veux pas le voir.

LE PAGE

Je n'oserai point dire cela à mylord; il ne voudrait pas me croire.

ELISABETH

Ainsi je l'ai élevé si haut que mes serviteurs tremblent plus devant lui que devant moi. BUKLEiGH, au page.

La reine lui défend d'approcher.

Le page sort en montrant de l'hésitation. ELISABETH, après un instant de silence.

Si cependant il était possible... S'il pouvait se justifier... Dites, ne pourrait-ce pas être un piège que me tend Marie pour me priver de mon plus fidèle ami? elle a tant de ruse et de perversité! Si elle n'avait écrit cette lettre que pour répandre dans mon cœur un soupçon empoisonné, et pour précipiter dans le malheur Leicester qu'elle hait!

BURLEIGH

Mais, madame, songez...

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