SCENE X
LEICESTER , demeuré seul.
Je vis encore, je supporte encore de vivre! ces voûtes ne m'ont pas encore écrasé de leur poids ! un abîme ne s'ouvre pas pour engloutir le plus misérable des hommes! Ah ! qu'ai-je perdu! quel trésor j'ai rejeté! quel bonheur céleste j'ai repoussé loin de moi ! Elle part, telle déjà qu'un ange de lumière, et me laisse en proie aux tourmens des damnés. Qu'est devenue cette résolution que j'avais apportée ici, d'étouffer le sentiment et la voix du cœur, de voir tomber sa tête avec un regard assuré? Son aspect a-t-il réveillé en moi la conscience de mon opprobre ; et, mourante, doit-elle exercer sur moi tout le pouvoir de l'amour? Ah! réprouvé, il ne te convient plus de l'abandonner à une pitié de femme; il n'y a plus pour toi de bonheur d'amour : arme ton cœur de la dureté du fer, que ton front soit d'airain. Si tu ne veux pas perdre le salaire de ta honte, persiste, va jusqu'au bout ; que la pitié soit muette, que mon œil soit de pierre; je veux la voir tomber, je veux être témoin... { // marche d'un pas ferme vers la porte par où Marie est sortie; il s'arrête au milieu du chemin, ) C'est en vain, c'est en vain! une horreur infernale me saisit! Je ne puis, je ne puis contempler ce terrible spectacle, je ne puis la voir mourir. Ecoutons... Qu'est-ce?... ils sont en bas!... sous mes pas s'apprête l'horrible exécution!... j'entends des voix! Sortons : sortons de ce séjour de l'effroi et de la mort. {Il veut sortir par une des portes de côté; il la trouve fermée, et raient.) Quoi! un Dieu m'enchaîne-t-il en ce lieu? faut-il que j'entende ce que j'ai horreur de voir?... c'est la voix du doyen !... il l'exhorte... elle l'interrompt ; écoutons... Elle prie d'une voix haute et assurée... on se tait; je n'entends plus rien... je ne distingue que des sanglots : les femmes pleurent... on écarte son vêtement... on retire le siège... elle se met à genoux sur le coussin... elle pose la tête...
Il prononce les derniers mots avec une angoisse toujours croissante. Il s'arrête un moment, on le voit tout-à-coup, en proie à une émotion déchirante, tomber sans mouvement. Alors on entend le bruit sourd de voix éloignées, qui retentit long-temps.
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