SCÈNE IX
Les Précédens; ANNA KENNEDI et les autret femmes de la reine entrent, et laissent voir tous les signes de la terreur. Le shériff les suit, une baguette blanche ù la main; derrière lui, on voit, pur la porte qui reste ouverte, plusieurs hommes armés.
marie.
Qu'est-ce, Anna? Oui, voici le moment, le shériff vient ici pour nous conduire à la mort, il faut se séparer; adieu, adieu. ( Ses femmes s'attachent à elle avec désespoir; elle s'adresse à Melvil. ) Vous, mon digne ami, et ma fidèle Anna, vous m'accompagnerez dans ce dernier moment. Myiord, vous ne me refuserez pas cette faveur.
BURLEIGH
Cela n'est pas en mon pouvoir.
MARIE
Eh quoi! me refuserez-vous une si petite gn'ice? Qui pourrait me rendre les derniers services? Jamais la volonté de ma sœur n'a pu être qu'on n'eût point d'égard à mon sexe, et que les mains grossières des hommes m'approchassent.
MARIE STUARï
2ÎH
BURLEIGU.
Aucune femme ne doit entrer avec vous dans la salle de l'échafaud ; leurs gémissemens, leurs l'iis...
le ne fera point entendre de gémissemens; >ponds de la fermeté d'âme de mon Anna. / bon, mylord ; ne me séparez pas, quand je \ais mourir, de ma fidèle nourrice, de celle qui .! luis soin de moi; elle me reçut dans ses bras quand je vins à la vie, et sa douce main me souliciidra au moment de la mort.
PAULET, à Burleigh.
' onsentez-y.
BUULEIGH.
i h bien ! soit.
MARIE
.Maintenant je n'ai plus rien à démêler avec le monde. {Elle prend le crucifix et le baise. ) Mon Sauveur, mon libérateur, de même que tu as idu tes bras sur la croix, étends-les vers moi !■ me recevoir! [Elle se retourne pour partir. l.ii ce moment elle aperçoit le comte de Leicester, (lui involontairement a été troublé par ce départ, c! i/ui a jeté les yeux sur elle. A cet aspect, Marie devient tremblante ; ses genoux fléchissent, elle est prête à tomber ; alors le comte de Leicester la saisit et la soutient dans ses bras. Elle le regardeun moment avec gravité et en silence ; il ne peut soutenir son re(jard; enfin elle parle.) Vous me tenez parole, comte de Leicester; vous m'aviez promis votre bras pour sortir de cette prison, et en effet vous me le prêtez aujourd'hui. ( // demeure comme anéanti. Elle continue d'une voix plus douce.) Oui, Leicester; et ce n'était pas seulement la liberté que votre main devait me donner; vous deviez encore me rendre plus douce cette liberté. Heureuse du don de votre main, heureuse de votre amour, j'aurais joui de la félicité d'une nouvelle existence. Maintenant que je suis sur le chemin qui conduit hors de ce monde, et prête à devenir un esprit céleste, qu'aucun terrestre désir ne pourra plus séduire; maintenant, Leicester, j'ose sans honte et sans rougeur vous avouer ma faiblesse et votre victoire. Adieu, et, si vous le pouvez, soyez heureux. Vous avez osé prétendre à la main de deux reines; vous avez rejeté un cœur aimant et tendre, vous l'avez trahi afin d'obtenir un cœur orgueilleux ; allez aux pieds d'Elisabeth, et puissiez-vous ne pas trouver votre punition dans la récompense même que vous attendez! Adieu; je n'ai plus maintenant aucun intérêt sur la terre.
Elle marche, le shériiî devant elle . Melvil et la nourrice à ses côtés; Burleigh et Paulei la suivent; les autres personnages la suivent des yeux avec désespoir , et , quand elle a disparu , ils se retirent par les autres portes.
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