EN OCTOBRE
in doux penchant pour ces jeux du théâtre, tôt plaisans, tantôt sérieux, que vous avez si vent regardés d'un œil de bienveillance, nous init de nouveau dans cette enceinte. Vous ez comment elle a été renouvelée, comment iarts l'ont transformée en un temple riant. Un liment harmonieux règne sous ces nobles porijies, et dispose l'âme à de sublimes émotions, t cependant c'est encore cet ancien théâtre, ;eau de quelques talens jeunes et énergiques, ^le où se sont élevées quelques réputations santés. Nous sommes encore les mêmes qui, ; tant d'ardeur et de zèle, nous sommes for- ■^ sous vos yeux. Naguère un grand maître s'est EJitré sur ce théâtre*; et son génie créateur a a transportés dans la plus sublime région on art. Puisse l'éclat nouveau qui honore ce ii attirer parmi nous les talens les plus distin- I puisse une espérance que nous conservons bis long-temps s'accomplir dans tout son lusr Un grand modèle éveillerait l'émulation, et Nnerait de nobles lois à la critique. Et où Mrrait-il mieux déployer ses talens, et renou- '( r et rajeunir une gloire déjà établie, que dece cercle choisi, sensible à tous les charmes 'art, prompt à saisir avec un sentiment délies traits les plus fugitifs de l'esprit? 2 chant du poète, l'œuvre du ciseau, vivent l^lant des milliers d'années ; mais l'art du coien, après avoir enchanté les sens, ne laisse lue trace: avec l'artiste, le charme s'évanouit. e que les sons qui retentissent à notre oreille, éation passagère disparaît au même instant, ul résultat durable n'assure sa gloire. L'art iifficile, la récompense incertaine. La postérité cesse point de couronne pour le comédien. Il
Ifland avait donné quelques représentations sur le th re de Weimar, et l'on espérait l'y fixer (Voir la
doit donc s'attacher avec ardeur au présent; \] doit saisir l'instant qui seul lui appartient, dominer ce qui l'environne, et fonder un vivant souvenir dans l'esprit des hommes distingués. C'est ainsi qu'il assurera par avance l'immortalité à son nom ; car celui qui sait plaire aux illustres de son temps, vit déjà pour l'avenir.
L'ère nouvelle qui, sur ce théâtre, commence pour l'art de Thalie, doit aussi inspirer l'audace au poète. Abandonnant les routes battues, il vous tirera du cercle étroit de la vie commune pour vous transporter sur une scène plus élevée, et qui ne sera point indigne des hautes destinées du temps où nous nous agitons avec effort. Il n'appartient qu'aux grandes circonstances de remuer les profondeurs de l'existence humaine. Dans un cercle étroit l'esprit se rétrécit; mais il se réveille lorsque l'homme poursuit un grand but.
Et maintenant que le dénoûment sévère de ce siècle rend la réalité elle-même si poétique ; maintenant que nous voyons de si fortes natures combattre sous nos yeux pour un prix si important, et lutter pour les deux grands intérêts de l'humanité, le pouvoir et la liberté; maintenant, l'art doit prendre un vol élevé, sortir de l'ombre du théâtre, et la scène ne doit pas rester au-dessous de la vie réelle.
Nous voyons de nos jours tomber les antiques et fermes fondemens sur lesquels, depuis cent cinquante ans, reposait cette douce paix des royaumes de l'Europe, heureux fruit de la triste guerre de trente ans. Permettez à l'imagination du poète de ramener devant vous ces temps funestes, et de vous apprendre à voir d'un œil plus satisfait le présent, et l'avenir si riche en espérances.
C'est au milieu de cette guerre que le poète vous place aujourd'hui. Seize années de dévasta tions, de brigandage et de misère se sont déjà écoulées ; et le monde est encore agité de sombre
THEATRE DE SCHILLER
orages, el aucune espérance de paix ne se- laisse apercevoir dans le lointain. L'Empire n'est plus qu'une arène pour les combats. Les villes sont désertes; Magdebourg n'est plus qu'une ruine. L'industrie et le commerce sont abattus. Le citoyen n'est rien, >le soldat est tout. Une licence impunie brave toute morale, et des hordes barbares, rendues sauvages par la longue guerre, campent sur le sol dévasté. Sur ce fond obscur se détache l'entreprise d'un courage téméraire et l'audace d'un grano caractère. Vous connaissez ce créateur d'une armée intrépide, cette idole des hommes vicieux, ce fléau des royaumes, l'appui et la terreur de son empereur, enfant de la fortune aventurière, qui, porté par la faveur des circonstances, atteignit les plus hauts sommets de la gloire, et qui, insatiable, s'efforçant toujours d'atteindre plus haut, périt victime de son indomptable ambition. Son caractère, en proie au jugement de la haine et de l'esprit de parti, est jugé d'une manière incertaine par l'histoire. L'art doit, en le présentant à vos yeux et à votre cœur, le rapprocher de l'humanité ; l'art doit ramener toutes les apparences à la nature qui limite et enchaîne tout. Il doit voir l'homme au milieu de tous les liens de la vie, et rapporter toujours la grande part de ses fautes à l'ascendant des astres funestes.
Ce n'est pas lui cependant qui paraîtra aujou d'hui sur le théâtre ; mais son esprit animera ! vaillantes bandes qui obéissent à ses ordres al solus; une ombre de lui se montrera à vous, « attendant que la Muse risque de le produire soi sa forme vivante : ce fut sa puissance qui corron pit son cœur, et le tableau de son camp expliqi son attentat.
Pardonnez donc au poète s'il ne vous condu pas tout d'un coup et d'un pas rapide vers ledi noûment de l'action, et s'il se hasarde à déroule sous vos yeux une suite de tableaux qui en exp( sent les circonstances principales. Le spectacle qi vous sera offert aujourd'hui habituera votr oreille et votre âme à des impressions inaccoutu mées; il vous ramènera vers cette époque du passt sur ce théâtre des guerres étrangères que noti héros remplira bientôt de ses actions.
Et si la Muse, cette libre divinité de la dans et du chant, se fondant sur un vieil usage alk mand, redemande l'emploi de la rime, ne la blà mez pas. Remerciez-la plutôt d'avoir transport! une image de la triste réalité dans le domain riant de l'art. C'est ainsi que l'illusion qu'ell veut produire se décèlera d'elle-même, et qu; l'apparence de la vérité n'en sera point la pénibl copie. La vie est sérieuse, l'art est un plaisir.
WALLENSTEIJV,