‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 307 sur 637 · LE FILS · texte numérisé non relu

LE FILS

Il ne fait pas bon s'arrêter près de cette troupe de soldats. Ces camarades-là sont brutaux, et nous serons bien heureux de sauver notre peau.

LE PAYSAN

Ah ! bah 1 Ils ne nous mangeront pas, quand bien même ils se fâcheraient un peu. Vois-tu, il y a là des gens nouvellement arrivés ; ils viennent du Mein et de la Saale, tout chargés de butin et de choses précieuses. Tout cela est à nous, si nous nous y prenons bien. Un capitaine, à qui un de ses camarades avait donné un coup d'épée, m'a laissé une bonne paire de dés; je veux essayer s'ils n'ont pas perdu leur ancien bonheur. Prends seulement un air piteux, Va, ce sont de bons enfans et de joyeux compagnons; ce qu'ils gagnent, ils l'ont bientôt dissipé. Ils nous prennent notre bien par boisseaux, et nous le reprenons par poignées ; ils s'en vont frappant à grands coups de sabre, et nous autres il nous faut ruser

et jouer au fin, {On entend des chansons et des cris de joie dans la tente.) Comme ils s'amusent! Dieu soit loué ! et puis tout cela retombe sur le dos des pauvres paysans. Voilà déjà huit mois que cette troupe est venue s'emparer de nos lits et de nos étables. Il ne reste pas une plume ni une patte dans toutes les prairies du canton. La faim et la misère nous ont presque réduits à nous ronger les os. En vérité, ce n'était pas pis quand les Saxons sont venus camper ici; et pourtant ceux-là sont nos impériaux.

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