‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 312 sur 637 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Priécédens, DEUX CHASSEURS; puis successivement LA CANTINIÈRE, UN ENFANT, LE MAITRE D'ÉCOLE, UNE SERVANTE.

PREMIER CHASSEUR

lia, ha 1 nous voilà en joyeuse compagnie.

LE TROMPETTE

Qu'est-ce que c'est que ces habits verts? Ils sont fringans et de bonne mine.

LE SERGE.\T-MAJOR

Ce sont des chasseurs de Holk. Je vous réponds que ce n'est pas à la foire de Leipzick qu'ils ont luis ces tresses d'argent.

LA CANTLMÈRE Vient et apporte du vin.

yez les bien arrivés, messieurs.

PREMIER CHASSEUR

Kh! par Dieu, c'est Justine de Blasewitz!

LA CANTINIÈRE

Oui, tout juste. Et ce beau monsieur-là, c'est le grand Pierre de Itzeho, qui, une belle nuit à Gluckstadt, vint avec le régiment expédier tout le magot de son père.

PREMIER CHASSEUR

Et ensuite troqua sa plume de commis contre une carabine.

LA CANTINIÈRE

Oh ! nous sommes de vieilles connaissances.

PREMIER CHASSEUR

Et voilà que nous nous retrouvons en Bohême.

LA CANTINIÈRE

Aujourd'hui là et demain ailleurs, mon cousin. La guerre vous pousse rudement et vous balaie d'un endroit à l'autre. J'ai bien vu du pays.

PREMIER CHASSEUR

Ah! je crois bien. C'est tout natureL

LA CANTINIÈRE

Je m'en suis allée là-bas à Temeswar avec les chariots de bagage , quand nous donnions la chasse à Mansfeld ; puis j'ai campé devant Stralsund avec Friedland, et c'est là que je perdis tout mon bagage. De là je suivis la troupe qui allait au secours de Mantoue; je rentrai avec Feria. Après, je fis un crochet jusqu'à Gand, avec un régiment espagnol ; et maintenant je viens en Bohême essayer si je pourrai me faire payer de vieilles dettes, et si le prince voudra m'aider à ravoir mon argent. Ma boutique est là à côté.

PREMIER CHASSEUR

Elle a trouvé moyen de tout rassembler ici. Et pourtant, qu'as-tu fait de cet Écossais qui te traînait avec lui dans ce temps-là ?

LA CANTINIÈRE

Ah! le bourreau, il m'a joliment trompée : il est parti; il a emporté avec lui tout ce que j'avais épargné à la sujur de mon corps, et il ne m'a rien laissé que ce petit drôle.

l'enfant vient en sautant.

Maman, est-ce que tu parles de mon papa î

premier CHASSEUR.

Eh bien ! eh bien! l'empereur le nourrira. Fautil pas que l'armée multiplie?

LE MAITRE d'iécole arrive.

Allons, à la leçon; marche, polisson.

PREMIER CHASSEUR

Ça craint déjà d'être enfermé et de travailler.

LA SERVANTE, arrivant.

Cousine, ils veulent s'en aller.

LA CANTINIÈRE

Tout de suite, tout de suite, j'y vais.

PREMIER CHASSEUR

Eh ! qu'est-ce que c'est que cette jolie mine-là ?

LA CANTINIÈRE

C'est la fille de ma sœur, de celle qui est mariée dans l'empire.

PREMIER CHASSEUR

Ma foi, c'est une gentille nièce.

La Cantinière s'en va.

SECOND chasseur; il retient la servante.

Demeurez donc avec nous, la belle enfant I

LA SERVANTE, Se dégageant et s'en allant.

11 faut que j'aille servir ces messieurs là-bas.

PREMIER CHASSEUR

Ce n'est pas un vilain morceau que cette'petite fille. Et la tante! ah ! qu'il y en a dans le régiment qui se sont tapés pour ce masque-là! Voilà pourtant comme va le monde. Combien on connaît de gens! et sijevisj'enverrai bien d'autres. {Au Sergent-major et au Trompette.) A votre santé, messieurs; faites-moi donc une petite place à côté de vous.

ft'VVVVVVVVVtVVVVVVVVVVVVWVWWX'VWV'WWWWVWVWX'WVWVWW

Page 1