‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 317 sur 637 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Précédées, UN CAPUCIN.

Des ouvriers des mines sont arrivés avec leur musique, et jouent unewalse, d'abord lentement , puis plus vite. Le premier chasseur danse avec la servante, la cantinière avec le recrue. La jeune fille s'échappe; le chasseur veut courir après, et en se retournant il embrasse le capucin qui arrive.

LE CAPUCIN

Eh! tra la la. Ah! ça va bien, nous sommes en train ; et moi aussi je vais m'en mettre. Est-ce ici une armée de chrétiens? Sommes-nous donc Turcs? Sommes-nous anabaptistes? est-ce ainsi que vous vous moquez du dimanche? Vous croyez donc que Dieu a la cran)pe aux doigts et qu'il ne peut plus vous châtier? est-ce maintenant le temps de faire bombance, de godailler, de se festoyer? Quid hic statis otiosi? Que faites-vous là les bras croisés? La guerre fait rage sur le Danube; le boulevard de la Bavière est tombé, llatisbonne est aux griffes des ennemis, et l'armée reste ici tranquille en Bohême sans se soucier de rien, ne songe qu'à remplir son ventre, pense plutôt à ripaille qu'à bataille, cherche les poulets cl non pas les boulets, et laisse les bataillons pour courir après les cotillons. La chrétienté désolée se couvre du sac de la pénitence, et le soldat ne s'occupe que de sa pitance. C'est ici un temps de larmes et de misères; des signes funestes se montrent dans le ciel ; le Seigneur a déployé sur les nuages le manteau sanglant de la guerre; et il tient dans sa main une comète, comme un fouet menaçant. Le monde est devenu une demeure de désolation. L'arche de l'Eglise nage dans le sang. L'empire romain, puisse Dieu le protéger! mais chaque jour il empire. Le fleuve du Rhin est devenu un fleuve de chagrin; les monastères sont jetés à terre ; les couvens sont ouverts à tout vent; les sanctuaires sont changés en repaires; tous les biens du clergé sont saccagés. D'où vient cela? C'est moi qui vais vous le dire. La cause, ce sont vos vices et vos péchés, c'est l'abomination, c'est l'idolâtrie où s'abandonnent soldats et officiers ; car le péché est un aimant qui attire le fer de la guerre sur un pays, et le malheur suit toujours la mauvaise conduite ; qui touche à l'ognou 'est sûr de pleurer. L'un vient après l'autre comme

VVALLENSTEIN

le B après l'A. — Vbi erit victoriœ spes, si o/Jenditur Deus ? comment pourra-t-on gagner la victoire, si on laisse là le sermon et la messe, si on passe sa vie au cabaret? La femme dans l'Evangile retrouve le denier qu'elle avait perdu, SaUl retrouve les ânes de son père, Joseph retrouve ses frères; mais qui voudrait retrouver chez les soldats la crainte de Dieu, la bonne conduite, la décence, celui-là chercherait en vain, môme quand il allumerait cent lanternes. Et ne lisons-nous pas danslEvangéliste que des soldats accouraient aussi à la prédication dans le désert? ils faisaient pénitence et recevaient le baptême, et ils demandaient : Quid faciemus nos? que ferons-nous pour rentrer dans le giron d'Abraham? et ait illis, et il leur dit : Neminem concutialis, vous ne vexerez, vous ne tourmenterez personne, neque calumniam faciatis, vous ne diffamerez personne, vous ne mentirez pas. Contenti estote : contentez-vous; sftpendus vestris, de votre solde, et vous renoncerez à toutes vos méchantes habitudes. N'est-ce pas un commandement :Dteu en vain tu ne jureras, ni autre chose pareillement? Et dans quel lieu pourrait-on entendre plus de juremens que dans le camp de Friedland? Si par chaque tonnerre et chaque éclair qui sort de votre bouche on sonnait les cloches du pays, on ne pourrait bientôt plus trouver aucun sacristain ; et si pour chaque mauvais juron que prononce votre langue impure il tombait seulement un cheveu de votre tête, vous seriez chauves avant que la nuit fût venue, eussiez-vous une plus belle crinière qu'Absalon. Josué n'était-il pas aussi un soldat, le roi David n'a-t-il pas abattu Goliath? Où pourrait-on lire qu'ils étaient d'indignes blasphémateurs? Faudrait-il donc ouvrir la bouche plus grande pour dire un : Dieu me soit en aide! que pour proférer un sacrebleu? Mais quand le vase est trop plein, la mauvaise liqueur qui est dedans déborde de partout.

C'est encore un autre commandement : Biens d'autrui ne convoiteras pour les avoir injustement. Ah! vous vous conformez bien à cette parole ! vous emportez ouvertement tout ce qui vous tombe sous la patte : il n'y a rien à l'abri de vos griffes de vautour, de vos mauvaises pratiques, de vos méchantes ruses. L'argent n'est pas en sûreté dans la cassette. Le veau n'est pas caché dans le ventre de sa mère, avec l'œuf vous emportez la poule. Et que disait le prédicateur? Contenu estote, contentez-vous de votre ration. Mais comment les serviteurs seraient-ils bien méritans, quand la perversité vient d'en haut? Tel est le chef, tels senties membres. Y a-t-ii quelqu'un qui puisse savoir quelle est sa croyance?

PREMIER CHASSEUR

Ehl mon père, vous pouvez bien nous réprimander, nous autres soldats ; mais, par Dieu ! n'insultez pas le général.

LE CAPUCIN

Ne custodias gregem meaml C'est un Achab et un Jéroboam qui détourne les peuples de ]p

THÉÂTRE DE SCHILLER

vraie croyance pour les précipiter vers les faux dieux.

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