I.A DUCHESSE
Votre volonté, vous le savez, a toujours été la mienne.
WALLENSTEiN, après un moment de silence.
Bien. — Et comment vous a-t-on accueillie à la cour? (ta duchesse baisse les yeux sans répondre.) Ne me cachez rien. Qu'avez-vous vu là ?
LA DUCHESSE
0 mon cher époux ! ce n'est plus comme de coutume : il est arrivé quelque changement.
VVALLE.XSTEIN.
Quoi ! ne témoigne-t-on plus l'ancienne considération ?
LA DUCHESSE
Oui, la considération; j'ai été reçue avec égards et cérémonie ; mais au lieu de la bienveillance, de l'abandon, de la confiance, j'ai vu une politesse solennelle. Hélas ! et l'aflection qu'on m'a témoignée ressemblait plus à de la pitié qu'à de la faveur. Non, la femme du duc Albert, la noble fille du comte Harrach, n'aurait pas dû être ainsi reçue.
WALLENSTEIN
On s'est plaint sans doute de ma conduite actuelle T
LA DUCHESSE
Plût à Dieu qu'on l'eût fait! je suis depuis longtemps accoutumée à vous justifier, à apaiser, à conjurer les esprits irrités. Non, personne ne vous a accusé ; on s'est renfermé dans un silence cérémonieux et oppressant. Hélas! ce n'est plus comme de coutume un malentendu, une irritation exagérée; il s'est passé quelque chose de fatal, d'irréparable. — Autrefois la reine de Hongrie avait habitude de me nommer sa chère cousine, de m' embrasser en me quittant.
WALLENSTEIN
El maintenant ce n'est plus ainsi?
LA DUCHESSE, après un instant de silence, essuyant ses larmes.
Quand j'ai pris congé d'elle, elle m'a embrassée une première fois; puis, comme j'allais vers 1.1 porte, clic a couru à moi, comme par réflexion, et elle m'a pressée sur son sein avec une émotion jtlus triste que tendre.
WALLENSTEIN luî prend ta main.
Rassurez-vous. — Et comment ont été Eggenbcrg, Lichlenstein et nos autres amis?
LA DUCHESSE, secouunt là tête.
Je n'en ai vu aucun.
WALLENSTEIN
Et Conde, l'ambassadeur d'Espagne, qui avait coutume de parler pour moi avec tant de clialeur?
LA DUCHESSE
Il n'ouvre plus la bouche en votre faveur.
WALLENSTEIN
Eh bien ! puisque le soleil nous refuse sa lumière, il faut briller de notre propre éclat.
LA DUCHESSE
Serait-il vrai, mon cher duc, que ce qui se répète sourdement à la cour soit ici hautement prononcé? Quelques mots du père Lamormain.,. WALLENSTEIN, avec vivactté.
Lamormain! que dit-il?
LA DUCHESSE
On vous reproche un abus audacieux du pouvoir qui vous est confié, un mépris coupable des ordres souverains de l'empereur. Les Espagnols, l'orgueilleux duc de Bavière, éclatent en plaintes contre vous ; une tempête se rassemble au-dessus de votre tête, plus terrible encore que celle qui éclata sur vous à Katisbonne; on parle, dit-il,,, hélas! je ne puis le répéter.
WALLENSTEIN, avec curiosité.
Eh bien ?
LA DUCHESSE
D'une seconde...
Elle s'arrôte WALLENSTEIN.
D'une seconde...
LA DUCHESSE
El injurieuse disgrâce.
WALLENSTELN.
Dit-on cela ? lise promène avec ayitation dans la salle.) Oh ! ils veulent m'y forcer ; ils m'y poussent de tout leur pouvoir contre mon gré. LA DUCHESSE, le Suppliant humblement.
0 mon cher époux! s'il en est temps encore, si vous pouviez, par votre soumission, par votre obéissance, détourner le coup ! Montrez-vous docile, surmontez votre cœur orgueilleux : c'est à votre maître, à votre empereur que vous cédez ; ne laissez pas plus long-temps l'odieuse perversité noircir vos nobles projets par des interprétations perfides et empoisonnées; opposez la force victorieuse de la vérité au mensonge et à la calomnie. Nous avons si peu de vrais amis, vous le savez. Notre rapide prospérité nous a mis en buttf à la haine universelle, ijuc serait-ce si nous perdions la faveur de l'empereur!
LES PICCOLOMINI
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