‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 337 sur 637 · WALLENSTEIN, TERZKY · texte numérisé non relu

WALLENSTEIN, TERZKY

WALLBNSTEIN dans une rêverie profonde, et se parlant à lui-même.

Elle a bien tout observé; et cela s'accorde parfaitement avec ce que j'ai su d'ailleurs. Ils ont pris lout-à-fait leur parti à Vienne. On me donne déjà un successeur. Le roi de Hongrie, le jeune Ferdinand, fils de l'empereur, est maintenant celui dont ils attendent leur salut. C'est l'astre de ce jour. On se croit en mesure avec nous, et l'on hérite déjà de nous comme d'un mourant. Il n'y a pas encore de temps de perdu. {Il détourne la vue, aperçoit Terzky,et luiremet une Iettre.)Lecomle Altriuger s'est fait excuser, et Galas aussi ; cela ne me plalt point.

TERZKY

Et si vous tardez plus long-temps, ils vous échapperont tous ainsi l'un après l'autre.

WALLENSTEIN

Allringer tient les défilés du Tyrol. Il faut que je lui envoie quelqu'un pour qu'il ne laisse pas sortir les Espagnols du Milanais. Eh bien! Sésin, notre ancien négociateur, s'est montré de nouveau! Que vient-il nous dire de la part du comte de Thourn ?

TERZKY

Le comte nous mande qu'il est allé trouver le chancelier de Suède à Halberstadt, où est maintenant le congrès. Le chancelier dit qu'il est las de traiter avec vous, et qu'il ne veut plusà l'avenir entrer dans aucune négociation.

WAIXKNSTEIN.

Comment?

TERZKY

Que l'on ne peut jamais compter sur vos paroles ; que vous voulez duper les Suédois, et vous réunir aux Saxons, pour finir par les renvoyer avec un misérable subside.

Eh bienl imagine-t-il donc que je lui donnerai comme proie quelque belle contrée d'Allemagne, et que nous renoncerons à régner sur notre sol, sur notre patrie? Non, il faut que les Suédois partent; qu'ils partent, nous ne voulons pas avoir de tels voisins.

TERZKY

El pourquoi lui refuser un cliélif morceau de lerre? Est-ce à nous qu'on le ravit? Et que vous imporic, quand vous gagnez au jeu, quel est celui qui perd?

WALLENSTEIN

Qu'ils partent! qu'ils partent! Vous ne me comprenez pas. Je ne veux pas qu'il soit dit que j'ai morcelé rAllemagne, que je l'ai livrée aux étranger* pour en dérober une portion. Je veux

THÉÂTRE DE SCHILLER

que l'Empire honore en moi son sauveur ; et c'est en montrant une âme royale que je veux m'asseoir dignement parmi les princes de l'Empire. Aucune puissance étrangère ne doit prendre racine dans la patrie; et moins que tout autre, ces Goths faméliques qui regardent avec envie et rapacité les bénédictions répandues sur notre terre allemande. 11 faut qu'ils contribuent au succès de mes desseins, et que cependant ils n'en retirent aucun profit.

TERZKY

Mais vos négociations avec les Saxons sont-elles plus sincères? Vos détours lassent leur patience. Qu'est-ce que tous ces déguisemens? Parlez, vous jetez vos amis dans le doute et dans le trouble. Oxenstiern, Arnheim, tous ne savent que penser de vos retardemens; et enfin je passe pour un imposteur, je réponds de tout: je n'ai pas un écrit de vous.

WALLENSTEIN

Vous savez que je ne donne jamais un écrit de moi.

TERZKY

Et par où peut-on reconnaître votre sincérité, si les actions ne suivent pas les paroles? dites-le vous-même. Depuis que vous traitez avec les ennemis, tout ne s'est-il pas passé comme si vous n'aviez pas un autre but que de les jouer? WALLENSTEIN, après un moment de silence, et le regardant fixement.

Et d'où savez-vous que mon but n'est pas de les jouer, de vous jouer tous? Me connaissez-vous donc si bien? Je ne vous ai pas, que je sache, ouvert le fond de mon âme. L'empereur, il est vrai, a des torts envers moi : si je le voulais^ je pourrais lui faire beaucoup de mal ; je me réjouis de connaître que j'en ai le pouvoir: si je voudrai en user, c'est ce dont je ne vous crois pas plus instruit qu'un autre.

TERZKT.

Ainsi vous vous êtes toujours joué de nous?

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