‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 338 sur 637 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les Pr^cédens, ILLO.

, wallenstein.

Eh bien; où en est-on là-bas? sont-ils prêts?

ILLO

Vous les trouverez dans la disposition que vous souhaitez. Ils savent ce qu'exige l'empereur, ils en sont furieux.

WALLENSTEIN

Comment s'est expliqué Isolani ?

ILLO

Depuis que vous avez de nouveau réparé ses finances, il est à vous de corps et d'âme.

WALLENSTEIN

Quel parti prend Colalto? Vous êtes-vous assuré de Déodati et de fiefenbach ?

ILLO

Ce que fera Piccolomini, ils le feront aussi.

LES PICCOLOMINI

WALLENSTEIN

Ainsi vous croyez que je puis compler sur eux?

ILLO

Si vous êtes assuré des Piccolomini.

WALLENSTEIN

Comme de moi-même. Ils ne se sépareront jamais de moi.

TERZKY

Cependant je voudrais que vous n'eussiez pas trop de conBance pour ce renard d'Octavio.

WALLENSTELV.

Apprends à mieux juger des hommes : seize fois le père a marché au combat à mes côtés. En outre, j'ai tiré son horoscope; nous sommes nés sous le même astre, en un mot. {Mystérieusement.) Cela n'a nul besoin d'éclaircissement, et si vous pouviez m'assurer des autres aussi bien •lue de lui...

ILLO

Ils n'ont tous qu'une voix : vous ne devez pas iibandonner le commandement; ils veulent vous envoyer une députation, à ce que j'ai su.

"WALLENSTEIN

Si je m'engageais envers eux, il faudrait aussi u'ils s'engageassent envers moi.

ILLO

Sans doute.

WALLENSTEIN

Qu'ils me promissent, par serment écrit, de se consacrer à mon service sans réserve.

ILLO

Pourquoi non?

TERZKY

Sans réserve? Ils excepteraient toujours leurs devoirs envers l'Autriche, envers l'empereur, WALLENSTEIN, secouatït la tête.

Sans réserve, il me faut cette condition; aucune exception.

ILLO

Il me vient une idée. Comte Terzky, ne nous donnez-vous pas un repas ce soir?

Oui, tous les généraux sont invités.

ILLO, à Wallenstein.

Dites, voulez-vous me do«ner plein pouvoir? je vous donne ma parole de général que la chose sera comme vous la souhaitez.

WALLENSTEIN

Apportez-moi cet engagement signé : de quelle manière vous l'obtiendrez, c'est votre affaire.

ILLO

Et si, de façon ou d'autre, je vous donne la preuve que tous les généraux ici rassemblés vous sont aveuglément livrés, alors agirez-vous enfin sérieusement, et tenterez-vous la fortune avec audace?

WALLENSTEIN

Apportez-moi cet engagement.

ILLO

Pensez à ce que vous faites. Si vous ne voulez pas voir la puissance échapper pour toujours de vos mains, alors il ne faut pas satisfaire aux vo-

lontés de l'empereur, il ne faut pas laisser affaiblir l'armée, il ne faut pas que les régimens aillent se joindre aux Espagnols. Si vous ne voulez pas rompre formellement avec la cour, alors il vous devient impossible de mépriser les commandemens et les ordres de l'empereur; vous ne pouvez plus chercher des subterfuges et temporiser. Choisissez, ou d'agir avec résolution et de prévenir les desseins de la cour, ou bien d'attendre, en différant encore, qu'on en vienne aux dernières extrémités.

WALLENSTEIN

11 ne convient pas d'attendre qu'on en soit venu aux dernières extrémités.

ILLO

Ah! saisissez l'instant favorable avant qu'il s'échappe. 11 se présente rarement dans la vie des momens décisifs et importans. Lorsqu'il est temps de prendre une résolution, on voit toutes les circonstances se réunir et se presser vers le succès ; et puis les occasions et les ressorts qui font mouvoir la fortune, après s'être rassemblés, en un seul point de la vie, pour faire naître un germe difficile à saisir, se dispersent et se dissipent un à un. Voyez combien la position où vous êtes maintenant est décisive, combien tout votre sort en dépend : les principaux, les meilleurs généraux de l'armée, sont rassemblés autour de vous leur loyal chef, et ils n'attendent que votre signal. Ah ! ne les laissez pas repartir l'un après l'autre ; vous ne pourriez pas, dans tout le cours de la guerre, les rassembler ainsi une seconde fois. La marée est haute, et pousse le navire au rivage. L'audace de chacun devient plus grande quand il se trouve parmi la foule. Maintenant ils sont tous à toi, maintenant encore; bientôt la guerre les séparera, les dispersera çà et là. Les intérêts particuliers, les soins vulgaires font évanouir l'intérêt général: tel qui aujourd'hui se laisse entraîner sans réflexion par le torrent, revenu de son ivresse lorsqu'il sera seul, ne sentira que sa faiblesse, et promptement reviendra dans la vieille et facile route du vulgaire devoir, pour y trouver sûreté et sauvegarde.

WALLENSTEIN

Le temps n'est pas encore venu.

Vous le dites toujours ainsi. Mais quand serat-il venu le temps ?

WALLENSTEIN

Quand je le dirai.

ILLO

Ah ! vous attendez que les astres du ciel vous favorisent! et cependant la terre vous échappe. Croyez-moi, l'étoile qui gouverne votre sort es'. en vous-même. Confiez-vous à vous-même; votre propre résolution, c'est là votre planète. La seule influence funeste, la seule qui vous menace, c'est l'hésitation.

WALLENSTEIN

Vous parlez suivant vos idées. Combien de fois cependant ne me suis-je point expliqué à vous !

THÉÂTRE DE SCHILLER

A l'heure de votre naissance, Jupiter, le dieu de la ciarli', était à son déclin, et il ne vous est pas donné de pénétrer dans les choses mystérieuses. Voas ne pouvez atteindre au-delà du sol terrestre. Vos regards aveugles ne connaissent qu'une lumière terne, pâle et souterraine. Vous ne pourez distinguer ce qui est terrestre et vulgaire, et votre prudence se borne à lier entre eux les rapports qui se touchent de près. Aussi, dans celte sphère d'idées, j'ai confiance en vous; je vous crois: mais les choses dont le sens est mystérieux, qui s'ourdissent et se forment dans les [)rofondeurs de la nature; mais cette échelle symbolique qui s'élève par mille degrés de ce monde de poussière jusqu'aux étoiles, et que les puissances célestes montent et descendent sans cesse; mais ces cercles qui enferment d'autres cercles toujours de plus en plus rapproch<îs du soleil leur centre, on ne les aperçoit qu'avec des yeux dessillés ! il faut être né sous une influence lumineuse; il faut être l'enfant de Jupiter resplendissant. {Pendant ce discours il se promène dans la salle, s'arrêtant et marchant alternativement.) Le front des étoiles servirait-il à marquer uniquement la nuit et le jour, le printemps et l'été, à indiquer au laboureur le temps de la semence ou de la moisson ? Les aventures des hommes ont aussi une semence fatale, répandue sur le champ obscur de l'avenir, confiée avec espérance aux puissances du destin. Il est donc nécessairede découvrir le temps où il faut semer; il faut donc lire dans les astres l'heure favorable, interroger et examiner les demeures célestes, pour savoir si l'ennemi des heureux succès ne se cache point dans quelque obscure retraite pour exercer sa nuisible influence. Ainsi, laissez-moi du temps. Cependant faites votre devoir. Je ne puis vous dire maintenant ce que je ferai; mais je ne céderai point; non, je ne céderai pomt; ils ne me dépouilleront pas : réglez-vous là-dessus.

UN DOMESTIQUE entre.

Messieurs les généraux.

WALLENSTEI.V.

Qu'ils entrent.

TERZKr.

Voulez-vous que tous les chefs soient admis?

WALLEMSTEIN.

Il n'est pas nécessaire. Les deux Piccolomini, Maradas. Ruttler, Korgatsch, Dcodat. Caraffa et isolani, peuvent entrer.

Terzky sort avec le domestique.

WAM.E.XSTEIN, à lllo.

Avez-vous veillé sur Questcnbcrg? N'a-t-il enirelcnu personne en particulier?

ILLO

J'y ni veillé avec soin. Il n'a VU d'autre personne

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